Le CPM n’est pas un prix, c’est une division. Ce que vous avez dépensé, divisé par ce qui a été compté, multiplié par mille. Presque tout le contenu publié sur le sujet le traite comme un tarif qu’on négocierait, alors que dans la majorité des campagnes vous n’enchérissez même pas dessus : vous enchérissez sur un clic ou sur une conversion, et le CPM est le quotient que vous découvrez ensuite dans le rapport.

Cette page explique pourquoi ce quotient varie autant. La réponse tient en deux temps, et aucun des deux n’est celui qu’on vous donne d’habitude : le dénominateur n’est pas la même chose partout, et le numérateur ne va pas là où vous croyez.

Si vous cherchez d’abord ce que le CPM mesure, comment le suivre et comment lire un tableau de référence sans vous faire piéger, commencez par ce que le coût pour mille ne vous dit pas. La page que vous lisez va plus loin : elle démonte la division elle-même.

Le dénominateur : quatre choses différentes s’appellent « impression »

La norme de mesure du secteur ne définit pas une impression. Elle en définit une chaîne, et chaque étage a moins d’unités que le précédent.

L’impression servie est la réponse d’un serveur publicitaire à une requête. L’impression rendue ajoute une condition : la publicité doit avoir été chargée et avoir au minimum commencé à s’afficher. L’impression mesurée est celle dont on a réussi à déterminer si elle était visible ou non. L’impression visible est celle qui a franchi un seuil, et ce seuil est écrit noir sur blanc :

« Pixel Requirement: Greater than or equal to 50% of the pixels in the advertisement were on an in-focus browser tab on the viewable space of the browser page, and Time Requirement: The time the pixel requirement is met was greater than or equal to one continuous second, post ad render. »

Trente pour cent suffisent pour les formats de plus de 242 500 pixels. La vidéo exige deux secondes continues au lieu d’une. L’audio a sa propre norme, fondée sur l’audibilité et non sur les pixels, avec le même seuil de deux secondes.

Deux faits en découlent, et ils suffisent à expliquer une bonne partie des écarts que vous constatez.

Premièrement, la définition a changé, et tard. La norme de 2004 autorisait explicitement le comptage au moment où le serveur décidait de servir la publicité, avant tout affichage. Il a fallu attendre octobre 2017 pour le display et juin 2018 pour la vidéo pour que le comptage exige que la publicité ait commencé à s’afficher. Treize ans pendant lesquels une part inconnue des impressions facturées n’a jamais atteint un écran.

Deuxièmement, il n’y a toujours pas une seule définition de l’impression visible. La documentation officielle de la plateforme d’enchères de Microsoft l’écrit sans détour :

« The vCPM payment type supports the ability to use a custom definition for viewable impressions. We currently support two definitions, the IAB standard and the Group M standard. The IAB standard definition is used by default. »

Deux normes concurrentes, implémentées nativement dans la même infrastructure. Et même à l’intérieur de la norme officielle, mesurer 50 % des pixels de la publicité ou 50 % des pixels du lecteur vidéo reste autorisé, à condition de le déclarer.

La conséquence est arithmétique. Si deux régies divisent la même dépense par des dénominateurs de nature différente, leurs CPM ne mesurent pas la même chose. Je dois préciser une chose par honnêteté : cette conséquence n’est formulée nulle part par un organisme officiel. Elle se déduit de la structure des normes, elle est logiquement imparable, mais aucun régulateur ni aucune association n’a publié la phrase. Ce qui existe, c’est le constat par l’organisme sectoriel lui-même d’écarts de mesure entre prestataires sur les mêmes campagnes.

Les quatre etages de la chaine de comptage d une impression publicitaire et les seuils de visibiliteLes quatre etages de la chaine de comptage d une impression publicitaire, selon les normes de mesure du secteur, et les seuils de visibilite associes. Le premier etage est l impression servie, definie comme la reponse d un systeme de diffusion publicitaire a une requete provenant du navigateur de l utilisateur. Le deuxieme etage est l impression rendue, qui ajoute la condition que la publicite ait ete chargee et ait au minimum commence a s afficher ; cette condition n a ete imposee qu en octobre deux mille dix-sept pour le display et en juin deux mille dix-huit pour la video, la norme anterieure de deux mille quatre autorisant explicitement le comptage au moment ou le serveur decide de servir la publicite, methode designee sous les termes comptage a la decision ou comptage a l insertion. Le troisieme etage est l impression mesuree, qui regroupe les impressions dont le statut de visibilite a pu etre determine, qu elles soient visibles ou non visibles, a l exclusion de celles dont le statut n a pas pu etre determine. Le quatrieme etage est l impression visible, qui exige pour le display que cinquante pour cent au moins des pixels de la publicite se trouvent sur un onglet de navigateur au premier plan dans l espace visible de la page pendant une duree superieure ou egale a une seconde continue apres affichage, ce seuil etant abaisse a trente pour cent pour les formats de deux cent quarante-deux mille cinq cents pixels ou plus, et porte a deux secondes continues pour la video. L audio dispose d une norme distincte fondee sur l audibilite, excluant les publicites diffusees en etat de sourdine et celles audibles moins de deux secondes continues. Deux definitions concurrentes de l impression visible coexistent en pratique : la documentation officielle d une plateforme d encheres majeure indique qu elle prend en charge deux definitions, celle de l organisme sectoriel et celle d un groupe d agences, la premiere etant appliquee par defaut. A l interieur meme de la norme officielle, mesurer cinquante pour cent des pixels de la publicite ou cinquante pour cent des pixels du lecteur video reste autorise sous reserve de declaration.Quatre étages, quatre dénominateurs possiblesImpression servieLe serveur a répondu à une requête.Impression rendueLa publicité a commencé à s’afficher. Exigé depuis 2017 seulement.Impression mesuréeOn a réussi à déterminer si elle était visible ou non.Impression visible50 % des pixels, 1 seconde. 2 secondes en vidéo.Et deux définitions concurrentes de « visible » coexistent dans la même plateforme d’enchères.
Chaque étage compte moins d'unités que le précédent. Un CPM calculé en haut de la chaîne n'a rien à voir avec un CPM calculé en bas. Source : MRC, Viewable Ad Impression Measurement Guidelines v2.0, 18 août 2015 ; IAB Tech Lab et MRC, Desktop Display Impression Measurement Guidelines v1.1, octobre 2017 ; documentation Microsoft Xandr, vCPM payment type, 21 octobre 2025 (2015)

Le numérateur : ce que vous payez n’est pas ce que l’éditeur touche

Deux associations d’annonceurs ont mesuré la chaîne. Leurs méthodes diffèrent, leurs conclusions se rejoignent.

L’étude britannique de 2020 a suivi 267 millions d’impressions, dont seulement 31 millions ont pu être appariées entre le côté achat et le côté vente. Résultat : 51 % de la dépense annonceur atteint l’éditeur. Le reste se répartit entre l’agence, la plateforme d’achat, les technologies de mesure et de données, la plateforme de vente. Et 15 % ne s’expliquent pas. Les auteurs sont explicites sur leur propre ignorance :

« This study cannot say with any certainty what the unknown delta represents. It could reflect a combination of: limitations in data sets, necessitating occasional estimations; DSP or SSP fees that aren’t visible in the study data; post-auction bid shading; post-auction financing arrangements or other trading deals; foreign exchange translations; inventory reselling between tech vendors; or other unknown factors. »

Avec un avertissement qu’il faut lire deux fois, parce qu’il porte sur la représentativité :

« This study represents the most premium parts of programmatic: the highest profile advertisers, publishers, agencies and adtech. If examined, the ‘long tail’ would presumably further reinforce these findings. »

Autrement dit : c’est le haut du marché, et les auteurs s’attendent à pire ailleurs. Une étude de suivi en 2022 a ramené la part intraçable de 15 % à 3 %, mais à périmètre différent, et l’amélioration est attribuée à une meilleure disponibilité des données plutôt qu’à une baisse réelle des coûts cachés.

L’étude américaine de 2023 a analysé 123 millions de dollars de dépense et 35,5 milliards d’impressions, chez 21 annonceurs. Sa conclusion est plus brutale parce qu’elle ajoute la qualité de l’inventaire à l’équation :

« After accounting for both transaction costs and loss of media productivity costs, only 36 cents of every ad dollar that enters a DSP effectively reaches the consumer. »

Et les auteurs précisent que les frais d’agence étaient hors périmètre, donc que le chiffre réel est inférieur.

Le renversement qui devrait changer votre lecture d’un tableau de campagne vient de la même étude :

« Notably, media CPMs paid on MFA websites are 25 percent lower than those paid on non-MFA websites. »

Les sites conçus pour la publicité, ceux qui empilent les emplacements autour d’un contenu générique, se vendent 25 % moins cher. Ils affichent d’excellents indicateurs de surface, ce qui les rend attractifs pour les algorithmes d’enchère, alors que les publicités qui s’y trouvent ont, selon la même source, au moins deux fois moins de chances d’être associées à une vente. Un CPM bas n’est donc pas mécaniquement une bonne affaire : c’est parfois le prix affiché d’un inventaire sans valeur.

Un résultat négatif à signaler, parce qu’il est instructif sur la solidité de tout l’exercice : au sein même de l’étude américaine, deux plateformes de mesure ont traité le même travail et obtenu une part intraçable de 0 % pour l’une et 17 % pour l’autre. Le montant qu’on n’arrive pas à suivre dépend de l’outil avec lequel on essaie de le suivre.

Decomposition de la depense publicitaire entre l annonceur et l editeur selon deux etudes d associations d annonceursDecomposition de la depense publicitaire entre l annonceur et l editeur, selon deux etudes menees par des associations d annonceurs avec des methodes differentes. La premiere etude, britannique, publiee en mai deux mille vingt, a suivi deux cent soixante-sept millions d impressions dont trente et un millions seulement ont pu etre appariees entre le cote achat et le cote vente, aupres de quinze annonceurs, douze agences, cinq plateformes d achat, six plateformes de vente et douze editeurs premium. Sur cent unites depensees par l annonceur, elle etablit que sept vont a l agence, huit a la plateforme d achat, dix aux technologies de serveur publicitaire, de verification et de donnees cote demande, quinze sont impossibles a attribuer, huit vont a la plateforme de vente, une a la technologie d enchere cote offre, et cinquante et une seulement atteignent l editeur. Les auteurs declarent ne pas pouvoir dire avec certitude ce que represente la part non attribuee, evoquant des limites de jeux de donnees, des frais non visibles, la reduction d enchere apres coup, des arrangements financiers, des effets de change ou la revente d inventaire entre prestataires. Ils precisent que leur echantillon represente la partie la plus premium du marche et qu une analyse de la longue traine renforcerait vraisemblablement leurs conclusions. La seconde etude, americaine, publiee en decembre deux mille vingt-trois, a analyse cent vingt-trois millions de dollars de depense et trente-cinq milliards et demi d impressions chez vingt et un annonceurs entre septembre deux mille vingt-deux et janvier deux mille vingt-trois. Sur mille dollars entrant dans une plateforme d achat, elle etablit que cent soixante dollars vont a la plateforme d achat en frais de plateforme, de fonctionnalites et de donnees, cent trente dollars a la plateforme de vente, laissant sept cent dix dollars de revenu vendeur, dont quatre-vingt-quinze dollars sont perdus en impressions non visibles, cinq dollars en trafic invalide, cent cinquante dollars en impressions non mesurables et cent dollars en depense sur des sites concus pour la publicite, de sorte que trois cent soixante dollars seulement atteignent effectivement le consommateur. Les frais d agence et la securite de marque etaient hors perimetre de cette seconde etude, ce qui rend ce chiffre optimiste. La meme etude mesure que les couts pour mille payes sur les sites concus pour la publicite sont vingt-cinq pour cent moins eleves que sur les autres sites.Où va la dépenseÉtude britannique 2020, sur 100 dépensésÉditeur51Non attribuable15Technologies côté demande10Plateforme d’achat8Plateforme de vente8Agence, et enchère côté offre8Étude américaine 2023, sur 1 000 $ entrant dans une plateforme d’achat360 $ atteignent réellement le consommateur, une fois retirés les frais, le non visible,le non mesurable et l’inventaire sans valeur. Frais d’agence non compris.
Deux méthodes, deux périmètres, une même direction. La part qui arrive au bout est minoritaire. Source : ISBA et PwC, Programmatic Supply Chain Transparency Study, mai 2020 ; ANA, Programmatic Media Supply Chain Transparency Study, décembre 2023 (2023)

L’enchère : vous n’achetez pas au CPM, et vous ne payez pas votre enchère

Chez Meta, l’impression est un mode de facturation, pas l’objet de l’enchère. La documentation développeur sépare les deux notions et précise que ni l’objectif de campagne ni le mode de facturation « n’impactent directement votre montant d’enchère ou votre enchère effective ». Ce que le système évalue, c’est votre enchère combinée à la probabilité d’obtenir l’action que vous avez demandée.

Chez Google, l’enchère au coût pour mille cible existe, mais seulement pour les campagnes vidéo. Ailleurs, la règle de facturation est explicite :

« You’ll often pay less than your maximum bid because you’ll only pay what’s minimally required to hold your Ad Rank. »

Trois mécanismes déplacent ensuite le prix constaté sans qu’aucun annonceur ait changé de comportement.

Le passage au premier prix. En mars 2019, Google a basculé son inventaire display et vidéo vers une enchère au premier prix, où « le gagnant paie le prix qu’il a enchéri », au lieu du second prix où il payait juste ce qu’il fallait pour battre le suivant. Ce n’est pas la même quantité qui se règle, donc le CPM moyen constaté se déplace même à demande strictement identique. À signaler : Google n’a publié aucune projection chiffrée sur l’effet prix de cette bascule. Les estimations qui circulent viennent de la presse spécialisée.

La pertinence. Meta écrit qu’une publicité plus pertinente « peut gagner une enchère contre des publicités qui enchérissent plus haut ». Google affirme que des annonces de meilleure qualité conduisent souvent à des coûts plus bas. LinkedIn le dit aussi : « plus votre annonce est pertinente, plus le prix que vous payez est bas ». Deux annonceurs qui enchérissent le même montant sur la même audience ne paient donc pas le même prix.

Une nuance que presque personne ne reprend correctement : Google précise que le score de qualité affiché dans l’interface n’entre pas dans l’enchère.

« Quality Score is not an input in the ad auction. It’s a diagnostic tool to identify how ads that show for certain keywords affect the user experience. »

Les prix planchers. Ils ne sont plus des barrières fixes. La documentation de Google indique que le système « fixe dynamiquement les prix planchers sur chaque demande d’enchère », avec un modèle d’apprentissage automatique qui arbitre entre taux de remplissage et valeur unitaire. Votre CPM bouge donc aussi parce que l’éditeur d’en face optimise le sien.

Et une chose qu’aucune régie ne publie : ni CPM moyen, ni prix plancher en valeur, ni taux de remplissage. Meta garantit ne jamais facturer plus que votre enchère, mais ne publie pas la formule de ce que vous payez en dessous.

Relation entre l enchere de l annonceur le prix effectivement paye et le cout pour mille constateRelation entre l enchere de l annonceur, le prix effectivement paye et le cout pour mille constate, d apres la documentation officielle des regies. Dans la majorite des campagnes, l annonceur enchérit sur un objectif d optimisation tel qu un clic ou une conversion, et non sur l impression. La documentation developpeur de Meta classe l impression comme un evenement de facturation distinct de l objectif d optimisation, et precise que ni l objectif de campagne ni l evenement de facturation n influencent directement le montant d enchere ni l enchere effective. Chez Google, l enchere au cout pour mille cible n est disponible que pour les campagnes video ; ailleurs, la documentation indique que l annonceur paiera souvent moins que son enchere maximale car il ne paiera que le minimum requis pour tenir son rang. Le cout pour mille est donc un quotient constate apres coup, egal a la depense divisee par les impressions comptees, multipliee par mille. Trois mecanismes deplacent ce quotient sans changement de comportement de l annonceur. Le premier est le type d enchere : en mars deux mille dix-neuf, une bascule vers l enchere au premier prix a ete annoncee pour l inventaire display et video d une plateforme majeure, l acheteur gagnant payant desormais le prix qu il a enchéri au lieu du minimum necessaire pour depasser le suivant, ce qui deplace le prix moyen constate meme a demande identique ; aucune projection chiffree d effet prix n a ete publiee par la plateforme a cette occasion. Le deuxieme est la pertinence : les trois regies documentent qu une annonce jugee plus pertinente peut gagner contre une enchere superieure et payer moins cher, de sorte que deux annonceurs enchérissant le meme montant sur la meme audience ne paient pas le meme prix ; une precision rarement reprise est que le score de qualite affiche dans l interface d une de ces regies n est pas une entree de l enchere mais un outil de diagnostic. Le troisieme est le prix plancher, qui n est plus une barriere fixe : la documentation indique que le systeme fixe dynamiquement les prix planchers sur chaque demande d enchere au moyen d un modele d apprentissage automatique arbitrant entre taux de remplissage et valeur unitaire de l inventaire. Aucune regie ne publie de cout pour mille moyen, de prix plancher en valeur absolue ni de taux de remplissage.Vous enchérissez ici, le CPM se lit làVous enchérissez sur un clic ou une conversion, pas sur l’impressionLe système combine votre enchère, la probabilité d’action estimée et la qualitéVous payez « le minimum requis pour tenir votre rang », jamais plus que votre enchèreLe CPM est la division que vous lisez après coupTrois choses le déplacent sans que vous ayez rien changéLe type d’enchèreLa pertinence de l’annonceLe plancher de l’éditeur
Le CPM est en bout de chaîne. Trois mécanismes le déplacent sans que vous ayez rien changé. Source : Meta, Marketing API Bidding overview et About ad auctions ; Google Ads Help, Choose your bid and budget et About Ad Rank ; blog Google Ad Manager, 6 mars 2019 ; Google Ad Manager Help, Understand target CPM (2019)

Ce qui fait vraiment bouger le prix

La saison, et c’est le seul facteur chiffré par une source auditée. Meta écrit dans son rapport annuel, chiffres à l’appui sur trois années consécutives :

« our total revenue increased 17%, 19%, and 17% between the third and fourth quarters of 2025, 2024, and 2023, respectively, while total revenue for the first quarters of 2025, 2024, and 2023 declined 13%, 9%, and 11% compared to the fourth quarters »

Pinterest et Snap décrivent le même pic de fin d’année dans leurs propres dépôts. Alphabet, en revanche, nomme la saisonnalité comme facteur de risque sans jamais la quantifier. Sur les élections américaines, souvent citées comme cause de flambée : aucun de ces dépôts ne relie élections et prix publicitaires. Les hausses de 15 à 50 % qui circulent viennent d’agences.

La géographie. Jusqu’à fin 2023, Meta publiait son revenu moyen par utilisateur et par région. Au quatrième trimestre 2023 : 68,44 $ en Amérique du Nord contre 5,52 $ en Asie-Pacifique, un facteur 12,4, stable depuis 2021. Meta l’explique par « la taille et la maturité de ces marchés publicitaires ». Réserve nécessaire : Meta a cessé de publier cette ventilation à partir de 2024, la donnée s’arrête donc là.

La rareté de l’audience, mais pas dans le sens qu’on croit. L’intuition dit qu’un ciblage étroit coûte plus cher. La littérature académique dit quelque chose de plus fin : cibler plus finement réduit le nombre d’enchérisseurs en concurrence sur une impression donnée. Une revue de littérature parue dans Information Systems Research le formule ainsi :

« providing more information decreases the number of participating bidders and creates thin markets, as fewer advertisers are interested in a given impression with highly differentiated attributes »

Deux forces s’opposent donc : moins de concurrence pousse le prix vers le bas, une audience plus précieuse le pousse vers le haut. L’effet net n’est pas tranché empiriquement, et les auteurs désignent eux-mêmes ce point comme non couvert par la recherche. Ce que les régies documentent, ce sont des seuils : LinkedIn exige 300 comptes minimum et en recommande 50 000, et dit que « le coût requis pour gagner l’enchère dépend de la désirabilité de votre audience cible ». Meta recommande simplement d’élargir : « si votre audience est trop spécifique, le ciblage d’une audience pertinente peut s’avérer plus onéreux ».

Le signal disponible, et là aussi à contre-courant du discours ambiant. On lit partout que les restrictions de confidentialité font monter les CPM. Une société cotée déclare l’inverse dans un document audité. Snap, à propos des changements Apple :

« This has resulted in, and in the future is likely to continue to result in, reduced demand and pricing for our advertising products and could seriously harm our business. »

Moins de signal, c’est moins de valeur par impression, donc des prix plus bas. À noter au passage, parce que beaucoup de contenus sont périmés sur ce point : les cookies tiers n’ont pas été supprimés de Chrome. La décision d’abandon date d’avril 2025, et la quasi-totalité des technologies de remplacement ont été retirées en octobre 2025.

En France, un ordre de grandeur institutionnel existe sur l’écart direct/programmatique. La décision de l’Autorité de la concurrence de juin 2021 rapporte le témoignage d’un éditeur : un format standard rapporte « 4 euros CPM lorsqu’il est vendu en direct, contre 0,80 euros CPM lorsqu’il est vendu en programmatique ». C’est un témoignage versé au dossier, pas une moyenne de marché, et je le cite comme tel. La même décision établit que la place de marché de Google prélève « une commission d’environ 20 % sur les revenus versés aux éditeurs ».

Facteurs de variation du cout pour mille et qualite de la preuve disponible pour chacunFacteurs de variation du cout pour mille et qualite de la preuve disponible pour chacun d entre eux. La saisonnalite est le seul facteur chiffre par une source auditee : le rapport annuel deux mille vingt-cinq d une grande plateforme indique que son chiffre d affaires total a augmente de dix-sept, dix-neuf et dix-sept pour cent entre le troisieme et le quatrieme trimestre des exercices deux mille vingt-cinq, deux mille vingt-quatre et deux mille vingt-trois respectivement, et a diminue de treize, neuf et onze pour cent au premier trimestre par rapport au quatrieme trimestre precedent. Deux autres plateformes cotees decrivent le meme pic de fin d annee dans leurs propres depots, tandis qu une troisieme nomme la saisonnalite comme facteur de risque sans jamais la quantifier. Aucun de ces depots ne relie les elections aux prix publicitaires, les hausses de quinze a cinquante pour cent citees a cette occasion provenant de rapports d agences. La geographie est documentee par une serie auditee mais interrompue : au quatrieme trimestre deux mille vingt-trois, le revenu moyen par utilisateur atteignait soixante-huit dollars et quarante-quatre cents en Amerique du Nord contre cinq dollars et cinquante-deux cents en Asie-Pacifique, soit un facteur de douze virgule quatre, stable depuis deux mille vingt et un, la plateforme expliquant l ecart par la taille et la maturite de ces marches publicitaires ; cette ventilation regionale n est plus publiee depuis deux mille vingt-quatre. La rarete de l audience repose sur un mecanisme theorique publie dans une revue a comite de lecture selon lequel fournir davantage d information de ciblage diminue le nombre d enchérisseurs participants et cree des marches minces, l effet net sur le prix dependant de la valeur relative de l audience et n etant pas tranche empiriquement ; les regies publient en revanche des seuils, une plateforme professionnelle exigeant trois cents comptes minimum et en recommandant cinquante mille. Le signal disponible fait l objet d une declaration auditee a contre-courant du discours dominant : une societe cotee declare que les changements de politique de suivi ont entraine et devraient continuer d entrainer une reduction de la demande et des prix de ses produits publicitaires. Enfin, en France, une decision d autorite de concurrence de juin deux mille vingt et un rapporte le temoignage d un editeur selon lequel un format standard rapporte quatre euros de cout pour mille en vente directe contre quatre-vingts centimes en programmatique, et etablit que la place de marche publicitaire concernee preleve une commission d environ vingt pour cent sur les revenus verses aux editeurs.Cinq facteurs, cinq niveaux de preuveFacteurCe qui est établiSaisonnalitéChiffré, source auditée+17 à +19 % entre T3 et T4, trois ans de suiteGéographieChiffré, mais série arrêtée68,44 $ contre 5,52 $ par utilisateur, T4 2023Restriction du suiviDéclaré sous serment« reduced demand and pricing », dit une société cotéeRareté de l’audienceMécanisme théorique, effet net non tranchéÉlections, formats, placementsAucune source primaire chiffrée
Un seul facteur est chiffré par une source auditée. Pour les autres, la preuve est plus faible que le discours. Source : Meta Platforms, rapport annuel 2025 déposé le 29 janvier 2026 et rapport annuel 2023 ; Snap, rapport annuel 2025 ; Choi, Mela, Balseiro et Leary, Information Systems Research 31(2), 2020 ; Autorité de la concurrence, décision 21-D-11 du 7 juin 2021 (2026)

Le benchmark que vous cherchez n’existe pas

C’est la partie qu’aucun article sur le CPM n’écrit, et c’est vérifiable.

Aucun rapport sectoriel ne publie de prix unitaire. Le rapport de référence du marché américain mesure des revenus déclarés, et son propre éditeur précise : « PwC does not audit the information and provides no opinion or other form of assurance with respect to the information. » Détail révélateur : quand ce rapport veut évoquer un niveau de CPM, il cite un cabinet tiers, faute d’avoir la donnée. Le rapport européen équivalent ne contient aucune occurrence du mot CPM sur l’ensemble de son texte. L’Observatoire français mesure des revenus de régies, pas des prix.

Une seule institution publique publie un indice de prix. Le bureau des statistiques du travail américain maintient une série d’indice de prix à la production pour la vente de publicité sur Internet, base décembre 2022 égale à 100. C’est la seule mesure officielle et sans conflit d’intérêt qui existe. Ses limites la rendent inutilisable comme référence de campagne : elle démarre fin 2022, elle est agrégée au niveau national sans ventilation par plateforme ni par secteur, elle est très volatile d’un mois sur l’autre, et c’est un indice, pas un prix en euros ou en dollars.

Les seules mesures de prix auditées viennent des plateformes elles-mêmes, et il n’en reste qu’une. Meta publie chaque trimestre la variation de son « prix moyen par publicité », défini comme le revenu publicitaire total divisé par le nombre de publicités diffusées. Sur les six derniers trimestres publiés, cette variation oscille entre +9 % et +12 % en glissement annuel. Meta assortit le chiffre de deux avertissements : la ventilation géographique est affectée par des limites de mesure, et les formats ne sont pas monétisés au même rythme, « nos produits vidéo et Reels n’étant pas actuellement monétisés au même taux que le Fil ou les Stories ». C’est donc un indice de mix, pas un CPM.

Et le fait le plus daté de tout ce dossier : Alphabet a cessé de publier sa variation de coût par clic. La série existait depuis des années, elle figurait encore dans le rapport annuel de l’exercice 2024. Elle a disparu du rapport de l’exercice 2025, déposé le 5 février 2026. La seule série de prix quasi officielle du marché de la recherche vient de s’éteindre.

Pour le marché français en particulier, le seul observatoire qui publie sa méthode, et la valeur qu’on peut lui accorder, sont examinés dans ce que le coût pour mille ne vous dit pas.

Alors d’où viennent les tableaux de CPM moyens par secteur ? D’éditeurs de logiciels publiant les statistiques de leur propre base de clients payants. Un des plus repris s’appuie sur 554 à 726 campagnes au total réparties sur quinze secteurs, certaines sous-catégories reposant sur deux ou trois campagnes, avec des « moyennes » qui sont en réalité des médianes, et une méthodologie qui décrit des campagnes de search dans un rapport sur les publicités sociales. Un autre agrège les données de clients d’un outil d’analytics, tous e-commerçants, dont les chiffres sont ensuite republiés comme des références sectorielles couvrant la finance, le B2B et l’immobilier.

Sources de prix publicitaire reellement existantes et nature de ce qu elles mesurentSources de prix publicitaire reellement existantes et nature de ce qu elles mesurent. Le rapport de reference du marche publicitaire americain, publie par un organisme sectoriel avec un cabinet d audit, mesure des revenus declares par les vendeurs d espace publicitaire et non des prix unitaires ; son propre editeur precise qu il n audite pas l information et ne fournit aucune opinion ni aucune forme d assurance a son sujet, et lorsque ce rapport souhaite evoquer un niveau de cout pour mille il cite un cabinet d etudes tiers faute de disposer de la donnee. Le rapport europeen equivalent, couvrant trente marches nationaux, ne contient aucune occurrence du terme cout pour mille dans l integralite de son texte et mesure exclusivement des depenses agregees en euros. L observatoire francais du secteur mesure les revenus generes par la vente d inventaires en propre par les regies, sans publier de prix unitaire. La seule institution publique publiant un indice de prix est le bureau des statistiques du travail americain, qui maintient une serie d indice de prix a la production pour la vente d espace et de temps publicitaire sur Internet, de base decembre deux mille vingt-deux egale a cent, disponible sous quatre identifiants de series correspondant a differents niveaux d agregation ; cette serie est agregee au niveau national sans ventilation par plateforme ni par secteur annonceur, elle demarre fin deux mille vingt-deux ce qui interdit toute comparaison anterieure, elle est tres volatile d un mois sur l autre en donnees non desaisonnalisees, et elle exprime un indice et non un prix en monnaie. Parmi les societes cotees, une seule publie une veritable serie de prix unitaire : le prix moyen par publicite, defini comme le revenu publicitaire total divise par le nombre de publicites diffusees, dont la variation en glissement annuel oscille entre neuf et douze pour cent sur les six derniers trimestres publies, assortie de deux avertissements de la societe elle-meme portant sur les limites de mesure de la geographie des utilisateurs et sur le fait que ses produits video et de format court ne sont pas monetises au meme taux que ses formats de fil et de stories. Une autre societe publiait depuis des annees la variation de son cout par clic et de son cout par impression, serie encore presente dans son rapport annuel de l exercice deux mille vingt-quatre et supprimee de celui de l exercice deux mille vingt-cinq depose le cinq fevrier deux mille vingt-six. Les tableaux de cout pour mille moyen par secteur qui circulent proviennent d editeurs de logiciels publicitaires ou d analytics republiant les statistiques de leur propre base de clients payants, l un des plus repris reposant sur cinq cent cinquante-quatre a sept cent vingt-six campagnes au total reparties sur quinze secteurs, avec des sous-categories fondees sur deux ou trois campagnes et des moyennes affichees qui sont en realite des medianes.Ce qui existe vraiment comme source de prixSourceCe qu’elle mesureRapport sectoriel américaindes revenus, pas des prixRapport sectoriel européendes dépenses. Zéro occurrence de « CPM »Observatoire françaisdes revenus de régiesIndice de prix public américainun indice, base 100 en décembre 2022Prix moyen par publicité, Metaun indice de mix, +9 à +12 % par anCoût par clic, Alphabetsupprimé du rapport annuel 2025Tableaux « CPM moyen par secteur »la base de clients d’un éditeur de logicielAucune institution ne publie de CPM moyen par secteur ou par plateforme. Ni aux États-Unis, ni en Europe, ni en France.
Une seule série publique officielle, un seul indice de plateforme encore publié, et zéro CPM moyen institutionnel. Source : IAB et PwC, Internet Advertising Revenue Report, avril 2025 ; IAB Europe, AdEx Benchmark 2024 ; BLS, séries WPU366 et WPU366101 ; Meta Platforms, 10-Q du deuxième trimestre 2026 ; Alphabet, rapports annuels des exercices 2024 et 2025 (2026)

Ce qu’il faut en faire

Cessez de comparer vos CPM entre régies. Vous comparez deux fractions dont ni le numérateur ni le dénominateur ne sont construits pareil. La seule comparaison qui a un sens est celle d’une même régie avec elle-même, dans le temps, à ciblage et format constants.

Demandez sur quoi vous êtes facturé. Impression servie ou impression visible, c’est la première question à poser à une régie ou à une agence, et elle est rarement posée. Si la réponse n’arrive pas par écrit, le CPM affiché n’est pas interprétable.

Traitez un CPM anormalement bas comme un signal d’alerte, pas comme une victoire. Les inventaires les moins chers du marché sont mesurément les moins efficaces, et ils sont attractifs pour les algorithmes précisément parce qu’ils sont bon marché et présentables.

Regardez le coût par résultat, pas le coût par mille. Le CPM est en amont de tout ce qui vous intéresse. Il ne devient une information utile que rapporté à ce qu’il produit, et c’est la seule métrique que votre propre système peut mesurer sans dépendre des définitions de qui que ce soit.

Et n’importez aucun benchmark. Il n’en existe pas d’institutionnel. Ce que vous trouverez en ligne est la base de clients d’un éditeur de logiciel, parfois quelques campagnes par secteur, avec une définition de l’impression que personne ne précise. Votre historique à vous, sur vos propres campagnes, est la seule référence défendable dont vous disposiez. Sur LinkedIn Ads, où l’on achète une audience nommée plutôt qu’une intention, cet écart est encore plus marqué.