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Votre audience similaire n'est plus qu'une suggestion
Meta et Google ont convergé en 2026 : le pourcentage que vous réglez n'est plus une contrainte, c'est un indice que l'algorithme peut dépasser. Les deux le documentent.
Axel Chatellin, Fondateur de MAstratos··20 min de lecture
Quand vous réglez le curseur de votre audience similaire sur 1 %, vous ne définissez plus qui verra votre publicité. Vous donnez un point de départ que l’algorithme peut dépasser.
Meta l’écrit dans sa documentation : l’audience similaire Advantage+ correspond à « l’utilisation d’une audience similaire en tant que suggestion », et permet au système de diffuser « à une audience en dehors de votre audience similaire définie lorsque cela peut améliorer les performances ». Google annonce de son côté « faire basculer les segments Lookalike vers un mode suggestion pour les campagnes Demand Gen, par un déploiement progressif tout au long de 2026 ».
Les deux régies ont donc fait le même mouvement la même année, et dans le même sens : l’audience que vous définissez cesse d’être un filtre pour devenir un indice. Cet article documente ce changement des deux côtés, ce qu’il implique pour le pilotage d’une campagne, et rappelle ce que le droit français exige avant de téléverser le moindre fichier client.
Chez Meta, la suggestion est activée par défaut
La page consacrée à l’audience similaire Advantage+ est explicite sur trois points, et le troisième est celui qui décide.
Ce que fait la fonctionnalité. Le système de diffusion « utilise l’audience personnalisée sur laquelle est basée votre audience similaire comme un guide pour la diffusion des publicités, tout en évaluant les performances de manière dynamique ». Si des opportunités apparaissent « au-delà du pourcentage sélectionné », le système élargit l’audience.
Ce que cela retire. Le pourcentage reste réglable, mais il ne contraint plus rien. Une audience similaire à 1 %, historiquement le réglage le plus serré, décrit désormais l’endroit où le système commence à chercher, pas celui où il s’arrête.
Et le point qui compte le plus : c’est activé sans que vous l’ayez demandé. Meta écrit que l’audience similaire Advantage+ « est automatiquement activée pour les nouvelles campagnes, les campagnes dupliquées et les brouillons de campagnes, ainsi que pour les ensembles de publicités utilisant des audiences similaires créées à partir d’audiences personnalisées basées sur un fichier clientèle, un site Web ou une application mobile ».
Autrement dit, un annonceur qui duplique une campagne existante et retrouve son réglage de 1 % intact peut avoir changé de comportement de ciblage sans le savoir.
Une restriction à connaître : les audiences similaires sont limitées ou indisponibles pour certaines publicités portant sur des offres de produits et services financiers, d’emploi ou de logement.
Notre article sur Advantage+ traite plus largement de la question de laisser ou non l’algorithme piloter.
Le pourcentage reste réglable. Il ne contraint plus rien, et l'option est activée sans que vous l'ayez demandée. Source : Pages d'aide Meta Business (2026)
Chez Google, une suppression puis un retour
L’histoire est plus mouvementée et elle est rarement racontée correctement.
2023 : la suppression. Google a annoncé en novembre 2022 la dépréciation puis l’arrêt de ses segments d’audiences similaires. À partir de mai 2023, plus aucun nouveau segment n’était généré ni ajouté aux campagnes. À partir d’août 2023, ils ont été retirés de tous les groupes d’annonces et campagnes, l’accès aux données historiques étant conservé.
Le remplacement officiel annoncé était le ciblage optimisé, qui cherche les personnes les plus susceptibles de convertir à partir des données de conversion en temps réel, en traitant vos segments comme un simple point de départ.
2026 : le retour, sous un autre nom. Google propose aujourd’hui des segments Lookalike dans les campagnes Demand Gen. On fournit une liste de départ issue de ses propres données : liste clients, visiteurs du site ou de l’application, personnes ayant interagi avec la chaîne vidéo.
Trois niveaux de portée sont publiés, et ils sont chiffrés : étroit vise 2,5 % des utilisateurs de la zone ciblée, équilibré 5 %, large 10 %.
Et la même bascule que chez Meta. La documentation l’annonce en tête de page : « Google Ads fait basculer les segments Lookalike vers un mode suggestion pour les campagnes Demand Gen, par un déploiement progressif tout au long de 2026 ». La mise à jour est disponible « à partir de mars 2026, les contrôles de désinscription dans l’interface arrivant plus tard dans l’année ». La liste de départ « agit comme un signal pour les modèles de Google, et le système peut atteindre des clients hautement qualifiés en dehors des seuils de similarité ».
Un détail qui en dit long : dans ce nouveau régime, Google écrit que « l’exigence minimale de 100 utilisateurs dans la liste de départ pour la création d’un segment Lookalike n’est plus applicable ». Quand le seuil de taille disparaît, c’est que la liste a cessé d’être une population pour devenir une indication.
Attention en revanche à ne pas mélanger les deux régimes : la page qui décrit le mode contrainte, celui qu’on obtient en se désinscrivant, maintient l’exigence de plus de 100 personnes actives mises en correspondance. Les deux pages coexistent parce qu’elles décrivent deux états différents.
Quand le seuil de taille minimale disparaît, c'est que la liste a cessé d'être une population pour devenir une indication. Source : Aide Google Ads (2026)
Ce que ça change concrètement pour piloter
Ce mouvement n’est ni bon ni mauvais en soi. Il change en revanche trois choses dans la façon de conduire une campagne.
Vos tests d’audience ne testent plus des audiences. Comparer un ensemble à 1 % et un ensemble à 5 % supposait que les deux populations soient distinctes. Si les deux peuvent être élargies dynamiquement vers ce qui performe, l’écart que vous mesurez n’est plus celui que vous croyez mesurer. Une part de vos tests d’audience passés est devenue ininterprétable.
La qualité de la liste de départ compte davantage, pas moins. C’est le paradoxe du mode suggestion : quand la liste cesse d’être un filtre, elle devient le signal qui oriente tout le reste. Une liste de départ construite sur l’ensemble de vos acheteurs, y compris les mauvais clients, pointe le système vers ce mauvais profil avec plus de latitude qu’avant. Segmenter sa liste de départ sur les meilleurs clients devient le levier principal.
L’exclusion reprend de l’importance. Quand le ciblage positif n’est plus contraignant, ce sont les exclusions qui délimitent réellement le périmètre. C’est un renversement complet de la façon dont on construisait un ciblage il y a cinq ans.
Et la lecture des rapports change. Chez Google, une étiquette « signal » apparaît désormais à côté de la ligne du segment Lookalike dans les rapports. C’est le repère qui vous dit dans quel régime vous êtes.
Quand le ciblage positif ne contraint plus, ce sont la liste de départ et les exclusions qui délimitent le périmètre.
Avant de téléverser quoi que ce soit
Toutes ces audiences reposent sur une liste que vous fournissez, et c’est là que se situe le risque juridique le plus concret pour une entreprise française. Il vient de se matérialiser à un niveau qui mérite l’attention.
Le 30 décembre 2025, la CNIL a prononcé une sanction de 3,5 millions d’euros contre une société ayant transmis les données des membres de son programme de fidélité à un réseau social à des fins de ciblage publicitaire, sans consentement valable. La décision, publiée le 22 janvier 2026, a été adoptée en coopération avec seize homologues européens et concerne plus de 10,5 millions de personnes.
Le piège est exactement celui dans lequel tombe une PME. La société invoquait le consentement recueilli à l’adhésion au programme de fidélité, quand les personnes acceptaient de recevoir de la prospection par courrier électronique et par message texte. La CNIL a jugé ce consentement invalide, parce qu’aucune information sur le formulaire ne mentionnait la transmission à des fins de publicité ciblée sur un réseau social.
Accepter de recevoir des emails commerciaux n’est pas un consentement à être téléversé chez une régie publicitaire. Ce sont deux finalités distinctes, et elles exigent deux consentements distincts.
La solution est écrite dans la décision elle-même. La CNIL indique ce qu’elle aurait admis : « une case à cocher mentionnant clairement la finalité de ce traitement ». Une case, distincte de celle qui autorise la prospection, et dont l’intitulé nomme l’usage.
Un dernier point qui déplace la responsabilité : Meta indique que, au titre du règlement européen, ce sont les annonceurs qui agissent en tant que responsables de traitement pour toutes les listes importées, y compris pour les personnes résidant dans l’Union européenne. La régie fournit l’outil, l’entreprise porte le risque.
Accepter de recevoir des emails commerciaux n'est pas un consentement à être téléversé chez une régie. Deux finalités, deux consentements. Source : CNIL, délibération du 30 décembre 2025 (2026)
Comment nous intervenons
Nous sommes le plus souvent appelés sur ce sujet après un décrochage de performance qu’aucune modification du compte n’explique, ou avant un projet de téléversement de fichier client.
Nous établissons dans quel régime tournent les ensembles de publicités. C’est devenu une vérification à part entière : un même réglage ne produit plus le même comportement selon que la suggestion est active ou non. Sur Google, l’étiquette dans les rapports donne la réponse.
Nous retravaillons la liste de départ avant le ciblage. Quand l’audience définie devient un signal, la qualité du signal devient le sujet. Construire une liste de départ sur les cinquante meilleurs clients plutôt que sur l’ensemble du fichier change davantage les résultats que n’importe quel réglage de curseur.
Nous reconstruisons les exclusions. C’est devenu le seul endroit où le périmètre se délimite réellement.
Nous vérifions le consentement avant tout téléversement. Concrètement : sur quel formulaire la donnée a été recueillie, ce que ce formulaire disait, et si une case mentionne la finalité publicitaire. Si la réponse est non, le téléversement attend, et c’est le formulaire qu’on corrige d’abord.
Par où commencer
Ouvrez un ensemble de publicités créé récemment. Si vous avez dupliqué une campagne cette année, vérifiez si l’audience similaire Advantage+ y est active. Elle l’est par défaut.
Relisez vos tests d’audience de l’année écoulée. Ceux qui comparaient deux pourcentages sont probablement ininterprétables. Ne fondez pas de décision sur eux.
Regardez la composition de votre liste de départ. Si elle contient tous vos acheteurs sans distinction, c’est le premier chantier, et il rapporte plus que le réglage du curseur.
Vérifiez votre formulaire de collecte avant de penser au téléversement. Une case qui autorise la prospection par email n’autorise pas la transmission à une régie publicitaire.
En bref
Meta documente l’audience similaire Advantage+ comme l’utilisation d’une audience similaire en tant que suggestion, et cette option est activée automatiquement pour les nouvelles campagnes, les campagnes dupliquées et les brouillons.
Google a supprimé ses segments d’audiences similaires en 2023, les a réintroduits sous le nom de segments Lookalike pour Demand Gen avec trois niveaux chiffrés, puis annonce leur bascule en mode suggestion au cours de 2026, disponible depuis mars.
Dans ce nouveau régime, Google écrit que l’exigence minimale de 100 utilisateurs dans la liste de départ n’est plus applicable. Quand le seuil de taille disparaît, la liste a cessé d’être une population.
La conséquence pratique est un renversement : la qualité de la liste de départ et les exclusions déterminent désormais le périmètre, là où le curseur le faisait auparavant.
Enfin, téléverser un fichier client suppose un consentement propre à cette finalité. La CNIL a sanctionné une société de 3,5 millions d’euros le 30 décembre 2025 pour l’avoir fait sur la foi d’un consentement à la prospection par email.
Questions fréquentes
L'audience similaire existe-t-elle encore sur Meta ?
Oui, mais son statut a changé. La documentation officielle définit l'audience similaire Advantage+ comme « l'utilisation d'une audience similaire en tant que suggestion » et précise que le système peut diffuser « à une audience en dehors de votre audience similaire définie lorsque cela peut améliorer les performances ». Le pourcentage que vous réglez n'est plus une contrainte, c'est un point de départ.
Cette option est-elle activée par défaut ?
Oui. Meta écrit que l'audience similaire Advantage+ « est automatiquement activée pour les nouvelles campagnes, les campagnes dupliquées et les brouillons de campagnes, ainsi que pour les ensembles de publicités utilisant des audiences similaires créées à partir d'audiences personnalisées basées sur un fichier clientèle, un site Web ou une application mobile ».
Google propose-t-il encore des audiences similaires ?
Sous un autre nom et pour un autre usage. Les segments d'audiences similaires historiques ont été supprimés en 2023. Google propose aujourd'hui des segments Lookalike pour les campagnes Demand Gen, avec trois niveaux de portée : étroit à 2,5 % des utilisateurs de la zone ciblée, équilibré à 5 %, large à 10 %.
Que change le mode suggestion chez Google ?
La documentation annonce une transition vers un mode suggestion pour les campagnes Demand Gen, déployée progressivement au cours de 2026, disponible à partir de mars 2026, avec des contrôles de désinscription arrivant plus tard dans l'année. Votre liste de départ devient un signal pour les modèles de Google, qui peut atteindre des clients qualifiés en dehors des seuils de similarité. Dans ce régime, l'exigence minimale de 100 utilisateurs n'est plus applicable.
Peut-on téléverser son fichier client chez Meta ou Google ?
Oui, mais cela suppose un consentement spécifique à cette finalité. Le 30 décembre 2025, la CNIL a sanctionné une société de 3,5 millions d'euros pour avoir transmis les données de membres de son programme de fidélité à un réseau social à des fins de ciblage publicitaire sans consentement valable. Accepter de recevoir des emails commerciaux n'est pas un consentement à voir ses coordonnées téléversées chez une régie.
Comment recueillir un consentement valable pour cet usage ?
La CNIL indique elle-même la solution dans sa décision : « une case à cocher mentionnant clairement la finalité de ce traitement ». Le manquement retenu était que ni le formulaire d'adhésion ni la politique de données ne mentionnaient la transmission à des fins de publicité ciblée sur un réseau social. Il faut donc une case dédiée, distincte de celle qui autorise la prospection par email.
Un article traite un cas général et s'arrête là. Un diagnostic part de vos pages, de vos chiffres et de vos contraintes, et dit ce qui bloque en premier. Nous concevons des marques, des sites et des dispositifs d'acquisition pour des entreprises B2B, et la conversation commence toujours par ce constat.