L’indice de lisibilité que votre traitement de texte affiche, et que votre outil de référencement présente comme un critère, a été calibré par régression sur dix-huit passages de manuels techniques de la Marine américaine, lus par 531 recrues en septembre et octobre 1974.

Dix-huit points de données. C’est l’intégralité de sa base empirique, et je l’ai lue dans le rapport d’origine, qui est public.

Ce n’est pas une anecdote amusante, c’est le cœur du problème : cet indice est aujourd’hui appliqué à de la prose commerciale française, par des outils qui le présentent comme un facteur de référencement, alors qu’il a été ajusté sur des manuels d’entretien de moteurs lus par de jeunes Américains il y a cinquante ans. Cet article fait le tri entre ce qui est mesuré, ce qui est normé, et ce qui relève du folklore de métier.

Ce que mesure vraiment un indice de lisibilité

La formule est simple au point d’être inquiétante : elle combine le nombre moyen de mots par phrase et le nombre moyen de syllabes par mot. Rien d’autre. Ni le vocabulaire, ni la structure, ni la logique de l’argument, ni le sujet.

Le rapport d’origine, daté de février 1975, donne la formule et son dispositif. Les trois formules étudiées « ont été dérivées des résultats de tests de 531 militaires engagés de la Marine inscrits dans quatre écoles de formation technique ». Le matériel : « dix-huit passages totalisant 3 067 mots ont été utilisés », pour une « longueur moyenne de passage de 170 mots ».

Le critère de validation vaut d’être lu deux fois. « Un passage se voyait attribuer un niveau scolaire donné dans le cas où 50 % des sujets lisant à ce niveau obtenaient 35 % ou mieux au test de closure. » Autrement dit : la moitié des lecteurs comprenant un tiers du texte suffisait à valider le niveau.

Et les chercheurs de l’époque le savaient. Dès 1948, deux chercheurs travaillant sur le même matériel de référence écrivaient : « ce matériel, il faut le noter, présente de sérieuses déficiences en tant que critère, mais c’est le meilleur dont nous disposions à l’heure actuelle ». La réserve est contemporaine de l’invention de la formule, et elle a été perdue en route.

Base empirique sur laquelle l indice de lisibilite le plus repandu a ete calibreDescription de la base empirique sur laquelle l indice de niveau scolaire de lisibilite le plus repandu a ete ajuste par regression, telle qu elle figure dans le rapport de recherche d origine publie en fevrier mille neuf cent soixante quinze par le service de formation technique de la Marine americaine. Les formules etudiees ont ete derivees des resultats de tests de cinq cent trente et un militaires engages inscrits dans quatre ecoles de formation technique sur deux bases navales. Le materiel employe se composait de dix huit passages totalisant trois mille soixante sept mots, pour une longueur moyenne de passage de cent soixante dix mots, extraits de manuels de formation par specialite. Les sujets etaient des engages comptant moins de six mois de service, pour la plupart recemment diplomes de l enseignement secondaire, et les tests ont ete conduits en septembre et octobre mille neuf cent soixante quatorze. Le critere de notation retenu consistait a attribuer a un passage un niveau scolaire donne lorsque cinquante pour cent des sujets lisant a ce niveau obtenaient trente cinq pour cent ou mieux a un test de closure, autrement dit lorsque la moitie des lecteurs comprenait environ un tiers du texte. Des mille neuf cent quarante huit, deux chercheurs travaillant sur le meme materiel de reference ecrivaient que ce materiel presentait de serieuses deficiences en tant que critere, tout en etant le meilleur dont ils disposaient a l epoque, reserve contemporaine de l invention de la formule et perdue depuis. C est cet indice qui est aujourd hui applique a de la prose commerciale francaise par les traitements de texte et par les outils de referencement.Ce sur quoi l’indice a été calibré18passages de manuels531recrues testées1974septembre et octobreLE CRITÈRE DE VALIDATION, MOT POUR MOT« 50 % des sujets lisant à ce niveau obtenaient 35 % ou mieux au test de closure. »ET LA RÉSERVE ÉTAIT CONTEMPORAINE, DÈS 1948« Ce matériel présente de sérieuses déficiences en tant que critère, mais c’est le meilleur dont nous disposions. »
Dix-huit points de données, en 1974, sur des manuels d'entretien. C'est l'intégralité de la base empirique. Source : Research Branch Report 8-75, Chief of Naval Technical Training, février 1975 (2026)

Pourquoi un bon score ne veut rien dire

La critique la plus complète du sujet tient en une analogie, formulée par un chercheur du domaine et reprise par une spécialiste de la communication technique : « attendre que la compréhension s’améliore en écrivant pour satisfaire une formule de lisibilité revient à allumer une allumette sous un thermomètre pour réchauffer la pièce. La température affichée monte, mais la pièce ne se réchauffe pas ».

Trois démonstrations concrètes en découlent, et elles sont faciles à vérifier soi-même.

Deux phrases de difficulté opposée obtiennent le même score. « Je fais signe de la main » et « je renonce à mes droits » sont identiques pour l’indice, puisqu’ils ont la même longueur et le même compte de syllabes. Ils ne sont évidemment pas du même niveau de difficulté.

Une phrase plus longue peut être plus facile. L’exemple cité est parlant : quatre phrases courtes et hachées obtiennent un meilleur score qu’une seule phrase plus longue qui les relie explicitement, alors que la seconde est plus facile à comprendre, précisément parce qu’elle montre les relations entre les informations.

Et une réécriture qui améliore la compréhension peut dégrader le score. C’est arrivé dans un travail sur des instructions destinées à des jurés : les versions révisées obtenaient de meilleurs scores de compréhension et de moins bons scores de lisibilité, parce que les auteurs avaient ajouté des mots pour expliciter les liens logiques.

L’ordre de grandeur du gain réel. Une revue de 36 études ayant tenté d’améliorer la compréhension en améliorant les scores de lisibilité constate que seule la moitié y est parvenue, et qu’il leur a fallu déplacer le score de six niveaux scolaires et demi en moyenne pour obtenir un effet.

Un défaut propre au web mérite d’être signalé. Si vous structurez votre texte en listes à puces et que vous l’aérez, les formules de lisibilité vous diront que vos phrases sont longues. Le format qui aide le lecteur dégrade mécaniquement le score.

Trois situations dans lesquelles un indice de lisibilite donne un resultat contraire a la comprehension reellePresentation de trois situations documentees dans lesquelles un indice de lisibilite produit un resultat contraire a la comprehension reelle du lecteur, tirees d une critique academique publiee en deux mille. La premiere situation concerne deux phrases de difficulte manifestement differente qui obtiennent un score identique parce qu elles ont la meme longueur et le meme compte de syllabes, l exemple d origine opposant une phrase decrivant un geste ordinaire a une phrase employant un terme juridique. La deuxieme situation concerne une phrase plus longue qui est en realite plus facile a comprendre que plusieurs phrases courtes et hachees, parce qu elle explicite les relations entre les informations, alors que l indice la penalise ; un travail de reecriture d instructions destinees a des jures a ainsi produit des versions obtenant de meilleurs scores de comprehension et de moins bons scores de lisibilite, precisement parce que les auteurs avaient ajoute des mots pour expliciter les liens logiques. La troisieme situation concerne la mise en forme employee sur le web, puisqu un texte structure en listes a puces et aere sera signale par les formules comme comportant des phrases longues, de sorte que le format qui aide le lecteur degrade mecaniquement le score. Une analogie resume la critique generale : attendre que la comprehension s ameliore en ecrivant pour satisfaire une formule revient a allumer une allumette sous un thermometre pour rechauffer la piece, puisque la temperature affichee monte sans que la piece se rechauffe. Une revue de trente six etudes ayant tente d ameliorer la comprehension en ameliorant les scores constate enfin que seule la moitie y est parvenue, et qu il a fallu deplacer le score de six niveaux scolaires et demi en moyenne pour obtenir un effet.Trois cas où le score se trompe de sensDeux phrases de difficulté opposée, même scoreMême longueur, même compte de syllabes. L’indice ne voit pas le vocabulaire.Une phrase longue qui est plus facileElle explicite les liens logiques. L’indice la pénalise pour cela même.Une réécriture qui améliore la compréhension et dégrade le scoreDocumenté sur des instructions destinées à des jurés : meilleure compréhension, moins bon score.L’analogie qui résume tout :écrire pour un score, c’est allumer une allumette sous un thermomètrepour réchauffer la pièce. La température affichée monte, la pièce ne se réchauffe pas.
Le format qui aide le lecteur dégrade mécaniquement le score. C'est le défaut, pas une exception. Source : Redish, ACM Journal of Computer Documentation, 2000 (2026)

Google ne regarde pas ce score, et l’a dit

C’est le point qui règle la question pour une entreprise qui publie.

Interrogé sur la façon dont Google évalue la qualité d’un contenu et sur l’importance d’indicateurs comme le niveau de lecture, un porte-parole de l’entreprise a répondu que Google ne dispose pas « de ces algorithmes de base qui se contentent de compter les mots et d’essayer de déterminer le niveau de lecture sur la base de ces algorithmes existants ». Et il a précisé que la question n’est pas d’utiliser un score de niveau de lecture pour dire si c’est bon ou mauvais, mais de savoir « si cela correspond à ce que les gens recherchent ».

J’ai par ailleurs lu la documentation officielle de Google sur la création de contenu utile. Elle ne mentionne ni lisibilité, ni niveau de lecture, ni aucun score. Les seules formulations proches sont des questions d’auto-évaluation sur les fautes d’orthographe et le soin apporté à la production.

Conclusion pratique : le score de lisibilité affiché par votre extension de référencement est une invention d’éditeur de logiciel. Ce n’est pas un signal de classement, Google a dit ne pas le calculer, et sa documentation n’en parle nulle part.

Et en français, rien n’a jamais été validé sur de la prose commerciale

L’indice anglais ne se transpose pas tel quel. Les auteurs de la première formule française, en 1958, l’écrivaient déjà : il faut modifier les coefficients avant de l’appliquer au français, « puisque les mots sont en moyenne 1,15 fois plus longs dans les textes francophones que dans les textes anglophones ».

Cette adaptation a été mesurée sur un corpus, et le résultat est faible : un coefficient de 0,55 pour 33 % d’exactitude de classement, soit des performances « au mieux équivalentes » à une référence de base.

La seule formule réellement conçue pour le français, et non adaptée de l’anglais, date de 1975. Elle a été construite au laboratoire de pédagogie expérimentale d’une université belge, et calibrée sur trois tranches scolaires d’écoliers belges. Elle est pratiquement absente des outils grand public.

Ce que votre outil affiche en français est donc, dans l’immense majorité des cas, un indice anglais appliqué tel quel ou avec un coefficient bricolé, sur un texte destiné à des dirigeants d’entreprise, pour un usage que ses auteurs n’ont jamais envisagé.

Position officielle de Google au sujet de l usage d un indice de niveau de lecture comme signal de classementEtat de la position officielle de Google concernant l usage d un indice de lisibilite ou de niveau de lecture comme signal de classement dans son moteur de recherche. Interroge sur la maniere dont Google evalue la qualite d un contenu et sur l importance d indicateurs tels que le niveau de lecture, la longueur des paragraphes ou le ton employe, un porte parole de l entreprise a repondu que Google ne dispose pas de ces algorithmes de base qui se contentent de compter les mots et d essayer de determiner le niveau de lecture sur la base de ces algorithmes existants, et a precise que la question n est pas d utiliser un score de niveau de lecture pour dire si un contenu est bon ou mauvais mais de savoir si ce contenu correspond a ce que les gens recherchent. Par ailleurs, la documentation officielle de Google consacree a la creation de contenu utile ne mentionne ni le terme de lisibilite, ni la notion de niveau de lecture, ni aucun score, les seules formulations proches etant des questions d auto evaluation portant sur les fautes d orthographe et sur le soin apporte a la production du contenu. La conclusion pratique pour une entreprise qui publie est donc que le score de lisibilite affiche par les extensions et les outils de referencement constitue une invention d editeur de logiciel, qu il ne s agit pas d un signal de classement, que Google a declare ne pas le calculer, et que sa documentation officielle n en fait aucune mention.Ce que Google dit du niveau de lectureLA RÉPONSE OFFICIELLE« Nous n’avons pas ces algorithmes de base qui se contentent de compter les motset d’essayer de déterminer le niveau de lecture. »LA DOCUMENTATION OFFICIELLEAucune mention de lisibilité,de niveau de lecture, ni d’aucun score.CE QUE GOOGLE DIT REGARDERSi le contenu correspondà ce que les gens recherchent.Le score affiché par votre extension de référencement est une invention d’éditeur de logiciel.
Le score affiché par votre extension est une invention d'éditeur de logiciel, pas un signal de classement.

Ce qui remplace le score : une norme qui juge sur le résultat

Une norme internationale sur le langage clair existe depuis 2023, et elle est construite exactement à l’inverse des indices.

Elle pose quatre principes directeurs, et aucun n’est un seuil : le lecteur obtient ce dont il a besoin, il le trouve facilement, il le comprend facilement, et il peut l’utiliser facilement. La définition de référence du langage clair dit la même chose : une communication est en langage clair si les mots, les phrases, la structure et la conception permettent au destinataire visé de facilement trouver, comprendre et utiliser l’information dont il a besoin.

Aucune longueur de phrase, aucun nombre de syllabes, aucun score. Le critère est le destinataire visé et ce qu’il parvient à faire. C’est plus exigeant qu’un indice, parce que ça ne se vérifie pas en cliquant sur un bouton, et c’est la seule approche qui résiste aux contre-exemples cités plus haut.

En France, trois obligations réelles existent, même si aucune ne s’appelle « langage clair ».

Les clauses des contrats proposés par les professionnels aux consommateurs « doivent être présentées et rédigées de façon claire et compréhensible », et surtout « elles s’interprètent en cas de doute dans le sens le plus favorable au consommateur ». C’est la sanction la plus intéressante du droit français sur ce sujet : ce n’est pas une amende, c’est que la clause ambiguë se retourne contre celui qui l’a écrite.

L’information sur les données personnelles doit être fournie « d’une façon concise, transparente, compréhensible et aisément accessible, en des termes clairs et simples ».

Et la simplification du langage administratif est une politique publique portée depuis 2024, pas une norme opposable aux entreprises.

La leçon pour une PME : personne ne vous impose un score. On vous impose un résultat, et on sanctionne l’obscurité en interprétant le doute contre vous.

Comparaison entre ce que mesure un indice de lisibilite et ce qu exige la norme internationale sur le langage clairComparaison entre la logique d un indice de lisibilite et celle de la norme internationale sur le langage clair publiee en deux mille vingt trois. Un indice de lisibilite mesure exclusivement des caracteristiques de surface, a savoir le nombre moyen de mots par phrase et le nombre moyen de syllabes par mot, sans tenir compte du vocabulaire, de la structure, de la logique de l argument ni du sujet traite, et il produit un score numerique. La norme sur le langage clair procede a l inverse en definissant le langage clair par le resultat obtenu chez le lecteur, selon quatre principes directeurs dont aucun n est un seuil chiffre : le lecteur obtient ce dont il a besoin, il le trouve facilement, il le comprend facilement, et il peut l utiliser facilement. La definition de reference reprise par l administration francaise formule la meme exigence en indiquant qu une communication est en langage clair si les mots et les phrases, la structure et la conception permettent au destinataire vise de facilement trouver, comprendre et utiliser l information dont il a besoin. Cette norme ne prescrit donc aucune longueur de phrase, aucun nombre de syllabes et aucun score. En droit francais, trois obligations reelles existent sans porter ce nom : les clauses des contrats proposes aux consommateurs doivent etre presentees et redigees de facon claire et comprehensible et s interpretent en cas de doute dans le sens le plus favorable au consommateur, ce qui constitue la sanction la plus notable puisqu une clause ambigue se retourne contre celui qui l a redigee ; l information sur les donnees personnelles doit etre fournie en des termes clairs et simples ; et la simplification du langage administratif constitue une politique publique et non une norme opposable aux entreprises.Un score, ou un résultatCE QUE MESURE UN INDICELes mots par phraseLes syllabes par motRien d’autre. Ni le vocabulaire, ni la structure.CE QU’EXIGE LA NORMELe lecteur obtient ce dont il a besoinIl le trouve facilementIl le comprend facilementIl peut l’utiliser facilementAucune longueur de phrase, aucun nombre de syllabes, aucun score. Le critère est le destinataire visé.Et la sanction française n’est pas une amende :une clause ambiguë s’interprètedans le sens le plus favorable au consommateur. L’obscurité se retourne contre celui qui a rédigé.
Personne ne vous impose un score. On vous impose un résultat, et on sanctionne l'obscurité en interprétant le doute contre vous.

Ce que les expériences établissent réellement

La littérature randomisée sur l’écriture commerciale est maigre, rapportée au volume d’affirmations du secteur. Voici ce qui tient.

Sur le volume de contenu, l’expérience la plus solide porte sur deux essais menés en conditions commerciales réelles, avec 535 puis 27 900 participants. Sa conclusion : « les résultats observés indiquent une corrélation négative entre la quantité d’information sur une page web et la prise de décision et l’engagement des utilisateurs ». Plus de contenu, moins de conversion.

Deux réserves que les auteurs posent eux-mêmes : la tâche mesurée est précise, il s’agit de donner son adresse électronique, et leurs résultats contredisent la littérature antérieure sur la confiance et la persuasion. Généraliser en « la bonne longueur est de X mots » n’est donc pas soutenable.

Sur le pouvoir d’une justification, l’expérience classique est connue et sa nuance est systématiquement supprimée. Demander à passer devant quelqu’un sans donner de raison obtient environ 60 % d’accord ; avec une vraie raison, 94 % ; et avec une raison vide de sens, environ 93 %. Le troisième chiffre est le résultat intéressant : ce n’est pas la qualité de la raison qui agit, c’est sa présence. Mais l’effet disparaît dès que la demande devient coûteuse, ce qui limite sérieusement sa transposition à une offre commerciale.

C’est à peu près tout. Le reste de ce qui circule est constitué d’études de cas propriétaires, sans randomisation documentée, sans intervalle de confiance, sans réplication, et avec un biais de publication massif puisque personne ne publie son test raté.

Les quatre règles les plus enseignées, et ce qu’elles valent

« Huit personnes sur dix lisent le titre, deux sur dix lisent le reste. » Le publicitaire à qui on l’attribue a écrit autre chose : « en moyenne, cinq fois plus de gens lisent le titre que le corps du texte. Quand vous avez écrit votre titre, vous avez dépensé quatre-vingts centimes de votre dollar ». Les 80 % désignent le budget du client, pas une proportion de lecteurs. Et un rapport de cinq contre un n’est pas un rapport de huit contre deux : la version qui circule est arithmétiquement incohérente avec son original. Elle n’était par ailleurs appuyée sur aucune étude dès le départ.

« On a huit secondes d’attention, moins qu’un poisson rouge. » Entièrement faux, et c’est le cas le mieux documenté du dossier. Une enquête de la BBC a remonté la chaîne : le chiffre apparaît dans un rapport d’entreprise de 2015, qui l’attribue à un agrégateur de statistiques ; or les deux sources que ce dernier cite, une bibliothèque de médecine et une agence de presse, « ne peuvent retrouver aucune trace de recherche étayant ces chiffres ». Une spécialiste de l’attention interrogée répond que l’idée d’une durée d’attention moyenne est « plutôt dénuée de sens », l’attention étant dépendante de la tâche. Et une chercheuse ayant consacré près d’un demi-siècle au comportement des poissons note que le poisson rouge « est devenu un système modèle pour étudier le processus d’apprentissage et de formation de la mémoire, précisément parce qu’il a une mémoire et qu’il apprend ».

Les « mots qui font vendre ». J’ai cherché une liste validée. Il n’en existe aucune. Les listes vendues comme telles proviennent exclusivement d’éditeurs de logiciels et d’agences, elles ne se recoupent pas entre elles, et aucune ne cite de protocole. Le chiffre le plus cité pour les vanter est attribué à un éditeur de formulaires de capture, sans étude ni échantillon.

Le modèle en quatre étapes que tout le monde enseigne. Son attribution est fausse, et c’est documenté depuis 2023. Le travail historique qui l’établit conclut que « l’hypothèse dominante selon laquelle E. St. Elmo Lewis aurait inventé et formulé le modèle n’est pas étayée, ou repose sur des preuves faibles », et qu’« il n’existe aucune preuve indiquant que Lewis ait inventé le prototype en 1898 ou aux alentours ». L’attribution remonte à une phrase sans note de bas de page, écrite en 1925, recopiée depuis sans vérification, y compris par le manuel de marketing le plus vendu au monde pendant cinquante ans.

Quant à sa validité, une revue de littérature de référence a cherché une hiérarchie temporelle des effets publicitaires et n’en a trouvé « que peu de soutien ». Ce n’est pas un modèle validé, c’est un moyen mnémotechnique de formation commerciale du début du vingtième siècle.

Origine reelle des quatre regles les plus enseignees en redaction commercialeExamen de l origine des quatre regles les plus frequemment enseignees en redaction commerciale. La premiere regle veut que huit personnes sur dix lisent le titre et deux sur dix lisent le reste ; le publicitaire a qui elle est attribuee a ecrit qu en moyenne cinq fois plus de gens lisent le titre que le corps du texte et que lorsqu on a ecrit son titre on a depense quatre vingts centimes de son dollar, de sorte que les quatre vingts pour cent designent le budget du client et non une proportion de lecteurs, un rapport de cinq contre un n etant par ailleurs pas un rapport de huit contre deux. La deuxieme regle veut que la duree d attention soit tombee a huit secondes, soit moins que celle d un poisson rouge ; une enquete de la BBC a remonte la chaine jusqu a un rapport d entreprise de deux mille quinze qui attribue le chiffre a un agregateur de statistiques, les deux sources citees par ce dernier declarant ne retrouver aucune trace de recherche etayant ces chiffres, une specialiste de l attention qualifiant la notion de duree d attention moyenne de plutot denuee de sens, et une chercheuse ayant consacre pres d un demi siecle au comportement des poissons rappelant que le poisson rouge sert de systeme modele pour etudier la formation de la memoire precisement parce qu il a une memoire et qu il apprend. La troisieme regle concerne les listes de mots qui feraient vendre, pour lesquelles aucune liste validee n existe, les listes commercialisees provenant exclusivement d editeurs de logiciels et d agences, ne se recoupant pas entre elles et ne citant aucun protocole. La quatrieme regle concerne le modele en quatre etapes le plus enseigne, dont l attribution est fausse selon un travail historique publie en deux mille vingt trois qui conclut que l hypothese dominante n est pas etayee et qu aucune preuve n indique que la personne creditee en soit l auteur, l attribution remontant a une phrase sans note de bas de page ecrite en mille neuf cent vingt cinq et recopiee depuis sans verification, tandis qu une revue de litterature de reference n a trouve que peu de soutien a l existence d une hierarchie temporelle des effets publicitaires.Quatre règles, quatre origines« 8 sur 10 lisent le titre »Il a écrit « cinq fois plus », et les 80 % désignaient le budget du client. Deux ratios différents.« 8 secondes d’attention, moins qu’un poisson rouge »Les deux sources citées « ne retrouvent aucune trace de recherche étayant ces chiffres ».Les « mots qui font vendre »Aucune liste validée n’existe. Celles qui circulent ne se recoupent même pas entre elles.Le modèle en quatre étapesAttribué à la mauvaise personne depuis un siècle, sur la foi d’une phrase sans source de 1925.
Une citation déformée, un chiffre intraçable, une liste qui n'existe pas, et une attribution fausse vieille d'un siècle.

Comment nous intervenons

Nous arrivons rarement par le texte. Nous arrivons parce qu’une page ne convertit pas, et que quelqu’un a proposé de « retravailler le copywriting ».

Nous commençons par la question à laquelle la page répond. Une page qui ne convertit pas répond le plus souvent à une autre question que celle que son visiteur se posait. Aucune réécriture ne corrige cela, et aucun score ne le détecte.

Nous regardons ce que le lecteur doit pouvoir faire après avoir lu. C’est le critère de la norme, et c’est le seul qui se teste. Si cinq personnes de votre cible lisent la page et ne savent pas dire ce que vous proposez ni à qui, le problème est là.

Nous retirons les règles qui coûtent de l’argent. La plus fréquente est la chasse aux phrases longues, qui hache les textes explicatifs et dégrade la compréhension au profit d’un score. Sur une offre qui demande à être comprise avant d’être achetée, c’est contre-productif.

Nous arbitrons la longueur sur le travail de la page, pas sur une doctrine. Une page dont le seul objet est de recueillir une adresse gagne à être brève, la seule expérience à grande échelle disponible le montre. Une page qui doit lever quatre objections avant un rendez-vous, non.

Par où commencer

Désactivez l’affichage du score de lisibilité dans votre outil. Il n’est pas un facteur de classement, Google a dit ne pas le calculer, et le suivre vous fait hacher vos explications.

Faites lire une page à cinq personnes de votre cible. Demandez-leur ensuite ce que vous proposez, à qui, et quelle est l’étape suivante. C’est le test de la norme, et il coûte une heure.

Comptez ce que votre page demande au lecteur. Si son seul travail est de laisser une adresse, raccourcissez. Si elle doit lever des objections avant un rendez-vous, la brièveté n’est pas l’objectif.

Ne citez aucun des quatre chiffres de cet article dans vos supports. Ils sont tous dans les présentations de vos concurrents, et aucun ne tient.

En bref

L’indice de lisibilité le plus répandu a été calibré sur 18 passages de manuels de la Marine américaine, 3 067 mots au total, lus par 531 recrues en 1974. Son critère de validation : la moitié des lecteurs comprenant un tiers du texte.

Ces formules ne comptent que des longueurs de phrase et des syllabes. Une phrase plus longue mais plus explicite obtient un moins bon score tout en étant mieux comprise, et une réécriture qui améliore la compréhension peut dégrader le score.

Google a explicitement démenti calculer un niveau de lecture, et sa documentation sur le contenu utile n’en parle nulle part.

Aucune formule française n’a jamais été validée sur de la prose commerciale destinée à des adultes.

La norme internationale sur le langage clair, elle, juge sur le résultat obtenu chez le lecteur, et le droit français sanctionne l’obscurité en interprétant le doute contre celui qui a rédigé.

Enfin, les quatre règles les plus enseignées du métier reposent soit sur une citation déformée, soit sur un chiffre intraçable, soit sur une attribution fausse vieille d’un siècle.