L’argument qui fait ouvrir un compte Microsoft Advertising est son ciblage par entreprise, par secteur et par fonction, hérité de LinkedIn que Microsoft possède. Sa documentation dit que les données sous-jacentes excluent les consommateurs de l’Espace économique européen. La France n’est pas dans la liste des marchés couverts.
La phrase exacte, sur la page de disponibilité par marché : « la capacité de ciblage par profil LinkedIn est disponible partout dans Microsoft Advertising. Cependant, les données sous-jacentes excluent les consommateurs des pays de l’Espace économique européen pour des raisons réglementaires. » Suivent 23 marchés. Ni la France, ni l’Allemagne, ni aucun pays de l’Espace économique européen, ni le Royaume-Uni n’y figurent.
Ce que vous lirez ailleurs, y compris dans des documentations plus anciennes citant la France parmi les marchés couverts, est périmé.
Cet article décrit ce que cette régie fait réellement de votre argent en France : ce qu’elle diffuse sans vous le demander, ce qu’elle exige avant de vous laisser diffuser, ce qu’elle publie de ses prix, ce que pèse vraiment Bing, et pourquoi le second argument qui fait ouvrir ces comptes ne tient plus non plus.
Le ciblage qui justifie ce canal, et ce qu’il ne voit pas
Reprenons posément, parce que c’est le point qui décide de l’ouverture du compte.
Ce que ce ciblage fait. Trois critères : l’entreprise, le secteur et la fonction. Il fonctionne en ajustement d’enchère seulement, ce qui veut dire qu’il n’exclut personne : il majore ou minore votre enchère quand le critère est reconnu. Jusqu’à mille entreprises par groupe d’annonces, saisies à la main, sans import de fichier. Il est disponible sur les campagnes de recherche, dynamiques, Shopping et Audience.
Ce qu’il ne fait pas en France. Les données sous-jacentes excluent les consommateurs des pays de l’Espace économique européen. La liste des 23 marchés couverts comprend l’Argentine, l’Australie, le Brésil, le Canada, le Chili, la Colombie, l’Équateur, l’Égypte, l’Inde, l’Indonésie, le Japon, la Malaisie, le Mexique, le Nigeria, le Pérou, les Philippines, l’Arabie saoudite, Singapour, l’Afrique du Sud, Taïwan, la Thaïlande, les États-Unis et le Vietnam.
L’origine de cette exclusion est documentée. Dans son rapport de conformité au règlement européen sur les marchés numériques, publié en mars 2024, Microsoft indique que LinkedIn a mis fin à trois flux de données vers Microsoft Advertising pour se conformer à l’article 5, paragraphe 2, point c) de ce règlement. Le détail des flux est caviardé dans la version publique. Ce que la page de disponibilité par marché constate aujourd’hui en est la conséquence visible.
La conséquence pratique est nette. Une entreprise française qui ouvre ce compte pour cibler des entreprises françaises par secteur et par fonction n’obtiendra pas ce qu’elle est venue chercher. Il lui reste le ciblage ordinaire : géographie, horaire, appareil, âge, sexe, audiences d’intention d’achat, reciblage et listes clients.
Une réserve d’honnêteté. Nous rapportons l’état de la documentation officielle au 5 octobre 2026. Nous n’avons pas pu tester ce critère depuis un compte français réel. Si vous en avez un, la vérification prend cinq minutes et elle vaut la peine d’être faite avant d’engager un budget sur cet argument.
Ce que vous ne pouvez pas refuser
Le second fait à connaître avant d’ouvrir le compte tient en trois phrases de la documentation, qu’il faut lire ensemble.
L’inscription est automatique. « Les annonces dans Copilot sont créées automatiquement à partir des éléments existants de votre campagne, texte et images compris. Tous les types de campagne et d’annonce éligibles sont automatiquement inscrits à la diffusion dans Copilot. »
Le retrait est impossible. « Les annonceurs ne peuvent pas se retirer de cette diffusion, et il n’existe aucune garantie que leurs annonces y soient affichées. » Les deux moitiés de la phrase comptent autant l’une que l’autre : vous ne pouvez pas dire non, et on ne vous promet rien en échange.
La mesure n’existe pas. « Microsoft Advertising ne prend actuellement pas en charge de métriques spécifiques pour les annonces diffusées dans Copilot. »
Mises bout à bout, ces trois phrases décrivent une part de budget dépensée sans consentement possible et sans lecture. Ce n’est pas un scandale, c’est une caractéristique du produit, et elle doit être connue avant d’ouvrir le compte plutôt qu’après.
Deux précisions, et elles vont dans le bon sens. D’abord une condition d’éligibilité concrète : « les annonces de recherche doivent comporter un logo pour être éligibles à l’affichage dans Copilot ». Ne pas renseigner l’extension logo réduit donc mécaniquement votre éligibilité. Ensuite, le seul levier de contrôle documenté existe et il fonctionne : les mots-clés à exclure s’appliquent à Copilot « de la même façon que pour les recherches web ». C’est une raison de plus de soigner sa liste d’exclusions.
Enfin, Copilot n’apparaît dans aucun réglage de diffusion. Ce n’est pas un emplacement que l’on achète ou que l’on décoche, c’est une extension automatique de l’inventaire de recherche.
Deux obligations à régler avant de diffuser
Celles-ci ne figurent dans aucun argumentaire commercial, et l’une des deux arrête silencieusement votre mesure.
Le consentement n’est plus optionnel, et il a une date. Depuis le 5 mai 2025, un annonceur diffusant dans l’Espace économique européen, au Royaume-Uni ou en Suisse doit transmettre des signaux de consentement, soit par le mode de consentement de la balise, soit par le cadre de transparence et de consentement du secteur. Jamais les deux ensemble.
La sanction n’est pas financière, elle est pire. En cas de défaut constaté, c’est-à-dire si les cookies de la régie sont déposés avant interaction avec votre bandeau ou après un refus, la régie cesse de suivre vos conversions et d’alimenter vos listes de reciblage. Vous continuez de dépenser, et vous cessez de mesurer. Une campagne qui ne remonte rien depuis des mois peut donc être victime de cela plutôt que d’un problème de performance.
Deux précisions utiles. En mode avancé, la balise se charge avec un refus par défaut, des données anonymisées sont collectées puis modélisées. En mode simple, rien n’est envoyé avant consentement. Et dans l’Espace économique européen, en l’absence de signal, la valeur appliquée par défaut est le refus, alors qu’ailleurs c’est l’acceptation.
Les conversions modélisées existent en Europe, et elles ont un seuil. Elles sont disponibles dans l’Espace économique européen, en Suisse et au Royaume-Uni pour les annonceurs éligibles, à condition que la balise et le mode de consentement soient correctement installés, et que le compte atteigne au moins 700 clics hebdomadaires sur le marché visé. Les conversions hors ligne n’y comptent pas. En dessous de ce seuil, vous ne récupérez rien de ce qui est perdu par le refus.
La vérification d’identité est imposée en Europe. La France figure parmi les 30 pays de l’Espace économique européen concernés. Sans vérification, les annonces peuvent cesser d’être diffusées dans cette zone. Comptez un numéro d’enregistrement, des justificatifs d’existence de la société, une preuve de droit sur le domaine et une adresse électronique professionnelle, pour une revue annoncée en trois à cinq jours ouvrés. La plupart des nouveaux comptes disposent de trente jours pour s’y conformer.
Où vos annonces diffusent, et ce que la régie n’en dit pas
Le réseau se divise en deux moitiés, et la documentation emploie pour les décrire une tournure qu’il faut prendre au sérieux.
La recherche. Les annonces « peuvent apparaître avec les résultats de recherche sur des sites tels que Microsoft Bing, AOL, Yahoo, DuckDuckGo, Ecosia et d’autres partenaires ».
L’audience. Les annonces « peuvent apparaître sur des sites tels que MSN, Microsoft Start, Microsoft Edge, Outlook.com et des éditeurs partenaires ». Concrètement : la page de nouvel onglet d’Edge, la messagerie Outlook, le portail MSN, et les jeux occasionnels de Microsoft et de King, Candy Crush compris.
« Des sites tels que » n’est pas une liste. C’est une énumération d’exemples, et la régie ne publie nulle part la liste complète de ses partenaires syndiqués. Vous achetez donc un inventaire dont vous ne connaissez pas la composition exacte.
Vous ne pouvez pas en sortir complètement. Il n’existe que deux réglages de diffusion. Le premier couvre l’ensemble du réseau. Le second, présenté comme restrictif, couvre « les sites Microsoft et le trafic sélectionné », c’est-à-dire qu’il conserve du « trafic partenaire sélectionné dont les performances publicitaires et les taux de conversion sont similaires à ceux de Microsoft Bing ». L’option « Microsoft seul » n’existe pas.
Et vous ne pouvez pas voir le détail. La documentation l’écrit : « parce que ces sites sont reportés de manière agrégée, vous ne pouvez pas consulter de rapports individuels pour chaque domaine. » Le recours existe mais il est a posteriori : sortir le rapport par URL d’éditeur et exclure les domaines au fil de l’eau.
Deux points de périmètre, enfin, que les comparatifs oublient. Le réseau de contenu est mort : « Microsoft Advertising a cessé de diffuser des annonces sur le réseau de contenu. » Et la recherche syndiquée a une restriction géographique que la régie signale sans la documenter : elle indique que « la recherche syndiquée n’est disponible que dans certains pays », et la page vers laquelle elle renvoie pour la liste ne contient aucune liste de pays. Le renvoi est cassé, et le statut exact de la France n’est donc pas public.
Le chiffre français, et celui qu’il ne faut pas citer
C’est la question qui décide de l’ouverture du compte, et les deux camps se trompent.
Ce que Bing pèse réellement en France. Nous avons téléchargé le relevé StatCounter sur douze mois plutôt que de reprendre un chiffre de seconde main. Tous appareils confondus, Bing est à 5,49 % en septembre 2026, pour une moyenne de 5,52 % sur les douze derniers mois. Le reste du classement français : Yahoo à 2,75 %, Ecosia à 1,34 %, Qwant à 0,86 %, DuckDuckGo à 0,84 %, et Google à 88,14 %.
Sur ordinateur, c’est un autre moteur. La moyenne sur douze mois approche 12,6 %. C’est l’écart réellement intéressant pour une entreprise qui vend à d’autres entreprises : Bing est le moteur par défaut d’Edge sur Windows, et Windows est ce qu’il y a sur les postes de travail.
Un avertissement de lecture, parce que nous nous sommes nous-mêmes trompés dessus. Le dernier mois publié, septembre 2026, affiche sur ordinateur un bond de 10,98 % à 15,83 %, avec Google chutant de 79,74 % à 70,86 % dans le même temps. Or la série tous appareils, elle, n’a pas bougé. Si Bing avait réellement gagné cinq points sur ordinateur, le total aurait suivi. C’est donc très probablement un artefact d’attribution d’appareil, sur le mois le plus récent et donc le plus susceptible d’être révisé. Ne citez pas ce 15,83 %. La moyenne annuelle de 12,6 % est, elle, stable sur toute la période.
Et le chiffre que Microsoft met en avant ne vous concerne pas. Sa page produit affiche « 38,1 % de part de marché ». La note de bas de page dit tout : « Comscore qSearch, Explicit Core Search (custom), mars 2023, États-Unis, trafic ordinateur uniquement. » Mauvais pays, mauvais appareil, et des données de plus de trois ans et demi. C’est la source première de la plupart des exagérations qui circulent sur ce canal.
La formulation défendable tient en une phrase : Bing pèse environ 5,5 % des recherches en France tous appareils et de l’ordre de 12,6 % sur ordinateur, le réseau publicitaire va au-delà du seul Bing, et Microsoft ne publie aucun chiffre de couverture pour la France.
Les seuils, et pour une fois ils sont en euros
C’est un détail, et c’est pourtant ce qui distingue cette régie de la plupart des autres : elle publie ses planchers, en euros, dans un tableau consultable.
Pour un compte libellé en euros, la documentation donne une enchère minimale de 0,05 euro, un budget journalier minimum de 0,05 euro et un budget mensuel minimum de 5 euros. Pour les campagnes Shopping, l’enchère minimale descend à 0,01 euro, avec un minimum recommandé de 0,05 euro.
Deux réserves. La première vient de la régie elle-même, qui écrit juste au-dessus du tableau que « les enchères et budgets minimums et maximums de chaque devise ci-dessous sont susceptibles de changer ». La seconde relève du bon sens : un plancher de 5 euros par mois n’est pas un budget de travail, c’est l’absence de ticket d’entrée. Ce que cela signifie pour une PME, c’est qu’il n’y a pas de barrière financière à l’ouverture du compte. La contrainte réelle est ailleurs, dans le volume de conversions nécessaire pour que quoi que ce soit devienne lisible.
Sur le coût par clic, en revanche, la régie ne publie rien. Nous avons vérifié ses deux pages consacrées au sujet, celle sur les bonnes pratiques de maîtrise du coût et celle du produit recherche. Ni l’une ni l’autre ne donne le moindre montant. La seule phrase sur le sujet est : « vous pouvez commencer avec un petit budget et monter en puissance à mesure que vous apprenez ce qui fonctionne. » Aucune institution française ne publie davantage.
ChatGPT ne tourne pas sur Bing, et sa publicité ne s’achète pas chez Microsoft
C’est l’argument qui fait ouvrir la plupart des comptes Microsoft Advertising en France depuis deux ans. Il ne tient pas, et il fait manquer le vrai sujet.
Ce qu’OpenAI a écrit, et ce qu’il n’a jamais écrit. L’annonce fondatrice de ChatGPT search, en octobre 2024, dit ceci dans sa version française officielle : « ChatGPT search utilise des fournisseurs de recherche tiers, ainsi que du contenu fourni directement par nos partenaires. » Le mot Bing n’y figure pas. Le mot Microsoft non plus. La page porte aujourd’hui un bandeau indiquant qu’elle décrit l’état de 2024 et renvoie à l’expérience actuelle.
L’état actuel, dans le centre d’aide d’OpenAI, est plus prudent encore : « pour fournir des réponses pertinentes à vos questions, ChatGPT search s’associe parfois à d’autres fournisseurs de recherche. » Deux fournisseurs sont nommés dans les politiques de confidentialité à consulter : Microsoft et Shopify. C’est la seule mention officielle et actuelle de Microsoft dans cette chaîne, et l’adverbe fait tout le travail.
La preuve qu’OpenAI exploite son propre index est publique et actionnable. Sa documentation des robots d’indexation écrit : « OAI-SearchBot sert à la recherche. Il est utilisé pour faire apparaître des sites dans les résultats de recherche des fonctionnalités de recherche de ChatGPT. Les sites désinscrits d’OAI-SearchBot n’apparaîtront pas dans les réponses de recherche de ChatGPT, même s’ils peuvent encore figurer comme liens de navigation. »
C’est l’information la plus utile de toute cette section : ce qui détermine votre présence dans les réponses de ChatGPT, c’est une ligne de votre fichier robots.txt, pas votre indexation Bing ni votre budget Microsoft. Un site parfaitement indexé par Bing mais qui bloque ce robot est invisible dans ChatGPT.
Et la publicité dans ChatGPT existe, mais elle s’achète ailleurs. Deux éléments le démontrent. D’abord, OpenAI exploite son propre robot de validation des annonces : « OAI-AdsBot sert à valider la sécurité des pages web soumises comme annonces sur ChatGPT. » Une régie qui sous-traiterait sa commercialisation n’en aurait pas besoin. Ensuite, OpenAI a publié la liste de ses partenaires commerciaux : Dentsu, Omnicom, Publicis, WPP pour les agences, Adobe, Criteo, Kargo, Pacvue et StackAdapt pour la technologie, en précisant que « le système publicitaire d’OpenAI contrôle toutes les décisions de diffusion ». Microsoft ne figure dans aucune de ces listes.
Le fait neuf, et il date de cinq semaines. Depuis le 31 août 2026, l’accès en libre-service à ChatGPT Ads est ouvert en France. OpenAI l’écrit dans sa communication en français : « l’accès en libre-service à ChatGPT Ads via Ads Manager est désormais disponible dans les 31 marchés européens annoncés ci-dessous », la France figurant parmi eux. Les annonces ne sont affichées qu’aux utilisateurs des offres gratuite et Go, les abonnements supérieurs restant sans publicité.
Autrement dit : une PME française qui veut être présente dans ChatGPT a deux leviers, et aucun des deux ne passe par Microsoft. Le premier est gratuit et tient dans son robots.txt. Le second est une régie distincte, ouverte depuis peu, chez OpenAI.
La bibliothèque publicitaire existe, et voici ce qu’elle montre
Bing est désigné très grand moteur de recherche en ligne au sens du règlement européen sur les services numériques depuis le 25 avril 2023. À ce titre, l’article 39 lui impose un registre public de ses publicités. Ce registre existe, et nous l’avons ouvert.
Ce que nous y avons vu, sur deux annonces d’un même annonceur français du bricolage, l’une au format produit et l’autre au format Audience : le nom de l’annonceur, les dates de diffusion, un aperçu de l’annonce, un lien de partage, et une portée estimée par tranche, respectivement « 50 à 100 millions » et « 25 à 50 millions » d’impressions, avec un pourcentage par pays, la France approchant 100 % dans les deux cas.
Et le ciblage y est affiché d’une façon qui mérite d’être décrite précisément. Cinq catégories apparaissent avec une mention « ciblé » ou « exclu » : sexe, âge, lieu, audiences définies par la régie, audiences définies par l’annonceur. Aucune valeur n’est affichée. Vous savez qu’une tranche d’âge a été ciblée, pas laquelle. Une annonce avait les cinq catégories cochées, l’autre seulement le lieu.
Aucun montant de dépense n’y figure. Comme ailleurs, aucune régie grand public ne publie les budgets de ses annonceurs.
Ce qui est utile tout de même : la documentation précise que toutes les annonces diffusées dans l’Union et l’Espace économique européen y figurent, que l’annonceur ne peut pas s’y opposer, concurrents compris, et que le délai de parution est de 24 à 48 heures. Les annonces retirées pour violation des règles en sont exclues, avec une explication. Les extensions n’y figurent pas.
Que des catégories cochées sans valeur satisfassent l’exigence de l’article 39 portant sur les « principaux paramètres » du ciblage est une question juridique que nous ne tranchons pas. Signalons simplement que la Commission a adressé à Microsoft, le 23 septembre 2025, une demande d’informations portant notamment sur les registres publicitaires, aux côtés de trois autres entreprises.
Ce que l’import depuis Google Ads laisse tomber en route
La fonction d’import est le premier geste de presque tous les comptes. La régie en avertit elle-même : « gardez à l’esprit que toutes les informations ne seront pas importées. Après l’import, vérifiez vos campagnes et réintégrez les informations manquantes. »
Voici ce qui se dégrade, et le premier point est le plus coûteux pour une entreprise de territoire.
Les zones géographiques fines sont élargies. Les villes non prises en charge sont automatiquement étendues à la région ou au département. Un ciblage communal peut donc devenir régional, sans alerte. Deux options permettent de s’en prémunir, « ne pas étendre les cibles géographiques non prises en charge » et « mettre les campagnes en pause lorsque toutes les cibles importées ne sont pas prises en charge ». Elles ne sont pas actives par défaut.
Le modèle d’attribution change en silence. « Si vous utilisez l’attribution basée sur les données dans Google Ads, nous l’importerons en attribution au dernier clic. » Vos chiffres cessent d’être comparables, et rien ne vous le signale. À savoir par ailleurs : le modèle par défaut de cette régie est le dernier clic, sa fenêtre de conversion par défaut est de 30 jours, et sa fenêtre après affichage est d’un jour.
Les stratégies d’enchères basculent. Celles qui ne sont pas prises en charge retombent sur le coût par clic manuel pour les campagnes Audience, et sur le coût par clic optimisé pour toutes les autres.
Les objectifs de conversion sont filtrés. Seuls passent ceux qui sont en ligne, basés sur une balise, de type URL de destination, et créés dans Google Ads. Les conversions hébergées par Google et les objectifs intelligents ne passent pas. Et un objectif portant le même nom qu’un objectif existant côté Microsoft n’est pas importé tant qu’il n’a pas été renommé.
La démographie est amputée. Seuls l’âge et le sexe sont repris, ni le statut parental ni le revenu du foyer.
Les budgets trop bas sont relevés d’office aux minimums de la régie, et une campagne Google qui incluait les partenaires de recherche se retrouve diffusée sur l’ensemble des réseaux de recherche.
Et l’import ne pose pas la balise. Il faut installer la balise de suivi sur le site pour que les objectifs importés reçoivent quoi que ce soit. Une campagne importée peut donc tourner plusieurs semaines sans remonter aucune conversion, non pas parce qu’elle n’en produit pas, mais parce que rien ne les enregistre. Combinez cela avec l’arrêt de mesure provoqué par un défaut de consentement, et vous obtenez la cause la plus fréquente d’un compte Microsoft jugé « sans résultat ».
Les règles françaises qui bloquent
Deux délais d’abord : la plupart des revues d’annonces aboutissent sous 48 heures, et un élément qui reste en attente au-delà de deux jours ouvrés justifie un contact au support. Côté sanctions, la régie applique trois avertissements par catégorie de règle avant suspension du compte, avec suspension immédiate en cas de violation grave, et un délai d’appel de six mois.
Quatre secteurs ont des exigences propres à la France, et elles supposent un agrément avant même de rédiger une annonce.
Les jeux d’argent exigent une licence de l’Autorité nationale des jeux pour les jeux en ligne, la loterie, les casinos et les paris sportifs.
Les cryptoactifs exigent un agrément de prestataire de services sur actifs numériques au titre du règlement européen en la matière, délivré par l’Autorité des marchés financiers, ou un passeport européen.
La pharmacie exige un enregistrement auprès de l’Agence nationale de sécurité du médicament pour vendre ou promouvoir des médicaments sans ordonnance en ligne. La gestation pour autrui et les dons de gamètes sont interdits.
Les services juridiques sont autorisés en France, qui ne figure pas dans la liste des pays où ils sont interdits.
Quelques règles de rédaction valent d’être connues avant de produire des annonces : au moins trois mots dans le titre et dans la description, pas de langage d’urgence du type « stocks limités » ou « offre à ne pas manquer », un seul prix ou pourcentage par annonce, des titres en casse de phrase sur un marché francophone, et une adresse en caractères latins sans accent.
Enfin, la publicité politique est interdite depuis 2019 hors Union européenne, et alignée dans l’Union sur le règlement européen de 2024 en la matière. La publicité dite d’opinion y est également exclue : climat, immigration, fiscalité, droits humains, référendums.
Ce qui ne tient pas
« Le ciblage par entreprise de Microsoft fonctionne en France. » Périmé. La page de disponibilité par marché exclut les consommateurs de l’Espace économique européen et ne liste ni la France ni aucun pays de la zone. Les documentations et articles qui citent la France décrivent un état antérieur.
« Les coûts par clic y sont 30 à 50 % moins chers. » Invérifiable. Microsoft ne publie aucun coût par clic, ni absolu ni comparatif. Les écarts qui circulent viennent de panels d’agences qui se citent entre eux, et le plus souvent attribué remonte à 2017 sur des comptes américains. Le biais est structurel : les annonceurs qui ouvrent un compte Microsoft y vont parce que leur secteur y est moins disputé, donc on mesure une sélection, pas un prix de marché. Nuance sourcée en sens inverse : Microsoft revendique bien un coût par clic plus bas, mais pour comparer son trafic partenaire à son propre inventaire, pas pour se comparer à Google.
« L’audience y est plus âgée et plus aisée. » Le seul chiffre que Microsoft publie encore est « 23 % dépensent davantage en ligne », sourcé mars 2023, États-Unis, ordinateur uniquement. Les déclinaisons qui circulent se contredisent entre elles. Aucune donnée démographique française sur Bing n’existe. Ce qui tient, et qui suffit, c’est l’écart ordinateur contre mobile, qui est mesuré.
« Il y a moins de concurrence. » Plausible, jamais mesuré, et en partie faux dans l’autre sens. L’import depuis Google Ads est natif, promu par la régie et massivement utilisé : sur une requête commerciale ordinaire, vous affrontez largement les mêmes annonceurs, avec les mêmes annonces.
« Microsoft Advertising est un contrôleur d’accès au sens du règlement sur les marchés numériques. » Faux. La Commission a clos l’enquête de marché le 12 février 2024 en ne désignant ni Bing, ni Edge, ni Microsoft Advertising. Le Tribunal de l’Union a confirmé la non-désignation d’Edge le 2 septembre 2026. LinkedIn, lui, est bien désigné, ce qui explique en partie l’exclusion de ciblage décrite plus haut.
« Une procédure européenne est ouverte contre Bing. » Non. La liste officielle de supervision ne mentionne que des demandes d’informations, dont une décision contraignante de mai 2024 sur les risques de l’intelligence artificielle générative dans Bing. Aucune procédure formelle ni amende n’y figure.
« Faire du Microsoft Ads aide à être visible dans ChatGPT. » Faux. Ce qui determine la presence dans ChatGPT est une ligne de votre robots.txt, et sa publicite s’achete chez OpenAI. Developpe plus haut.
« Le mode de consentement est recommandé. » Non, il est obligatoire depuis le 5 mai 2025 dans l’Espace économique européen, au Royaume-Uni et en Suisse, sous peine d’arrêt du suivi des conversions et du reciblage.
Comment nous intervenons
Nous arrivons sur ce sujet dans trois situations : une entreprise à qui l’on a vendu ce canal pour son ciblage par entreprise, une entreprise à qui on l’a vendu avec l’argument ChatGPT, et une entreprise qui a ouvert un compte par import et ne comprend pas ses chiffres.
Nous vérifions d’abord ce que le ciblage atteint réellement. Si l’argument de vente était le ciblage par entreprise et par fonction sur une audience française, il faut le dire tout de suite plutôt qu’au troisième mois.
Nous contrôlons le consentement avant tout le reste. Un défaut arrête le suivi des conversions et l’alimentation du reciblage. C’est la première explication à examiner devant un compte qui ne remonte rien.
Nous vérifions le ciblage géographique des campagnes importées. C’est le premier dégât de l’import, et il est invisible : une commune devenue une région dépense un budget local sur un périmètre qui ne l’est plus.
Nous reconstruisons l’attribution. Le passage silencieux au dernier clic rend les deux comptes incomparables, et c’est sur cette comparaison que la décision se prend.
Nous posons la question de Copilot avant la dépense, pas après. Une part du budget y partira sans mesure. C’est acceptable si c’est su et arbitré.
Et nous traitons la visibilité dans ChatGPT pour ce qu’elle est, c’est-à-dire un sujet de fichier robots.txt et, si l’entreprise le souhaite, une régie distincte. Pas une raison d’ouvrir un compte Microsoft.
Par où commencer
Si votre argument d’achat était le ciblage par entreprise, vérifiez-le sur un compte réel. La documentation d’octobre 2026 exclut les consommateurs de l’Espace économique européen.
Contrôlez que des signaux de consentement sont bien transmis. Sans eux, la régie a cessé de suivre vos conversions et d’alimenter votre reciblage depuis mai 2025.
Ouvrez le ciblage géographique de vos campagnes importées. Si vous y trouvez une région là où vous aviez mis une ville, l’import l’a élargie.
Vérifiez que la balise de suivi est posée et qu’elle remonte. Sans elle, vos objectifs importés sont vides.
Regardez le modèle d’attribution. S’il était piloté par les données côté Google, il est passé au dernier clic.
Soignez vos mots-clés à exclure. C’est le seul levier de contrôle documenté sur la diffusion dans Copilot.
Et pour ChatGPT, ouvrez votre robots.txt, pas un compte publicitaire. Cherchez-y OAI-SearchBot.
En bref
Le ciblage par entreprise, par secteur et par fonction, qui est l’argument principal de cette régie, exclut les consommateurs de l’Espace économique européen. La France n’est pas dans la liste des 23 marchés couverts.
La diffusion dans Copilot est automatique, non débrayable, et la régie écrit elle-même ne fournir aucune métrique propre dessus.
Depuis le 5 mai 2025, un défaut de transmission des signaux de consentement arrête le suivi des conversions et l’alimentation du reciblage. Ce n’est pas une amende, c’est un arrêt de mesure. Et la vérification d’identité de l’annonceur est imposée en Europe.
Les seuils sont publiés en euros, et ils sont bas : 0,05 euro d’enchère minimale, 5 euros de budget mensuel. En revanche, aucun coût par clic n’est publié, par personne.
Bing pèse environ 5,5 % des recherches en France tous appareils et de l’ordre de 12,6 % sur ordinateur. C’est cet écart qui vaut, pas le 38,1 % affiché par Microsoft, qui date de mars 2023 aux États-Unis.
Le registre publicitaire européen existe et expose une portée en tranches, mais des catégories de ciblage simplement cochées, sans valeur, et aucun montant.
Enfin, l’argument ChatGPT ne tient plus : OpenAI exploite son propre robot d’indexation, et sa régie publicitaire est ouverte en libre-service en France depuis le 31 août 2026, sans Microsoft.