Sur 67 annonceurs qui souhaitaient participer à une étude de transparence, 21 seulement y sont parvenus. Les 46 autres n’ont pas réussi à obtenir l’accès aux données de diffusion détenues par leurs propres prestataires. Pas parce que les données n’existaient pas : parce que leurs contrats ne le prévoyaient pas.

Le diagnostic de l’association qui a mené l’étude est sans détour :

« if brands don’t own their supply contracts attached with specific data rights, or require their agency to obtain access to such data for them, then they are blocking themselves from turning relevant data into valuable information »

Cette page recense ce qu’une entreprise peut réellement faire, dans l’ordre de ce que ça coûte. En commençant par un levier que le droit français vous donne et que personne d’autre au monde n’a.

Le levier français : une obligation légale, pas une clause à négocier

La loi du 29 janvier 1993 sur la transparence, dite loi Sapin, est un texte autonome qui n’a jamais été codifié. Ses articles 20 à 29 régissent l’achat d’espace publicitaire, et la loi Macron de 2015 les a explicitement étendus au numérique.

L’article 20 pose trois règles que le droit américain ne connaît pas :

« Tout achat d’espace publicitaire, sur quelque support que ce soit […] ne peut être réalisé par un intermédiaire que pour le compte d’un annonceur et dans le cadre d’un contrat écrit de mandat. »

« Tout rabais ou avantage tarifaire de quelque nature que ce soit accordé par le vendeur doit figurer sur la facture délivrée à l’annonceur et ne peut être conservé en tout ou partie par l’intermédiaire qu’en vertu d’une stipulation expresse du contrat de mandat. »

« Même si les achats mentionnés au premier alinéa ne sont pas payés directement par l’annonceur au vendeur, la facture est communiquée directement par ce dernier à l’annonceur. »

Contrat de mandat obligatoire, rabais reversés sauf stipulation expresse, et facture communiquée directement par le vendeur même quand l’agence encaisse. En pratique, cela interdit le modèle où un intermédiaire achète de l’inventaire pour son compte et vous le revend au prix qu’il décide.

Ce modèle, parfaitement légal ailleurs, est décrit ainsi par le guide contractuel de la fédération mondiale des annonceurs :

« Inventory Media is not transparent, nor is it auditable. Indeed, Inventory Media typically comes with strict non-audit clauses attached. »

L’article 23 crée l’obligation de compte rendu :

« Le vendeur d’espace publicitaire en qualité de support ou de régie rend compte directement à l’annonceur dans le mois qui suit la diffusion du message publicitaire des conditions dans lesquelles les prestations ont été effectuées. »

Et un décret du 9 février 2017, applicable depuis le 1er janvier 2018, précise ce que ce compte rendu doit contenir pour la publicité numérique. Pour l’achat programmatique sur inventaire non garanti, il exige notamment l’univers de diffusion, les formats diffusés, les indicateurs de performance convenus, les prestataires techniques engagés et les acteurs de conseil impliqués, ainsi que le montant global facturé.

Les sanctions existent : 30 000 euros pour l’absence de contrat de mandat conforme, 300 000 euros pour la fourniture d’informations fausses ou trompeuses sur le prix des prestations, avec exclusion possible des marchés publics.

Une nuance qu’il faut poser tout de suite, parce qu’elle évite une déception. Pour l’achat en temps réel, le décret n’exige que le montant global de la campagne, pas le prix unitaire de chaque espace ni la marge de chaque intermédiaire. Le droit français vous donne donc un socle minimal opposable et gratuit, là où le droit américain ne donne rien du tout hors contrat. Il ne vous donne pas le détail poste par poste.

Pour mémoire, le rapport administratif de 2013 qui a préparé cette extension au numérique estimait qu’à l’époque, 20 centimes au plus sur un euro investi en publicité numérique revenaient aux sites de contenu.

Obligations imposees par le droit francais en matiere d achat d espace publicitaire et limites de ces obligationsObligations imposees par le droit francais en matiere d achat d espace publicitaire, et limites de ces obligations. La loi du vingt-neuf janvier mille neuf cent quatre-vingt-treize relative a la prevention de la corruption et a la transparence de la vie economique et des procedures publiques est un texte autonome jamais codifie, dont les articles vingt a vingt-neuf regissent l achat d espace publicitaire et ont ete explicitement etendus au numerique par la loi du six aout deux mille quinze. L article vingt impose que tout achat d espace publicitaire sur quelque support que ce soit ne puisse etre realise par un intermediaire que pour le compte d un annonceur et dans le cadre d un contrat ecrit de mandat, que ce contrat fixe les conditions de la remuneration du mandataire en detaillant les diverses prestations effectuees et le montant de leur remuneration respective, que tout rabais ou avantage tarifaire accorde par le vendeur figure sur la facture delivree a l annonceur et ne puisse etre conserve par l intermediaire qu en vertu d une stipulation expresse du contrat de mandat, et que la facture soit communiquee directement par le vendeur a l annonceur meme lorsque les achats ne sont pas payes directement par celui-ci. L article vingt-trois impose au vendeur d espace publicitaire agissant en qualite de support ou de regie de rendre compte directement a l annonceur, dans le mois qui suit la diffusion du message publicitaire, des conditions dans lesquelles les prestations ont ete effectuees, cette obligation incombant tant au vendeur envers le mandataire qu au mandataire envers l annonceur lorsque l achat passe par un intermediaire. Un decret du neuf fevrier deux mille dix-sept, applicable depuis le premier janvier deux mille dix-huit, precise le contenu de ce compte rendu pour la publicite numerique et exige notamment, pour l achat programmatique sur inventaire non garanti, l univers de diffusion publicitaire, le contenu et les formats des messages diffuses, les indicateurs de performance convenus, les prestataires techniques engages dans la realisation des prestations, les acteurs de conseil distincts des prestataires de technologie impliques, et le montant global facture pour la campagne. Les sanctions prevues a l article vingt-cinq sont de trente mille euros pour le defaut de contrat de mandat conforme et de trois cent mille euros pour la fourniture d informations fausses ou trompeuses sur les caracteristiques ou le prix des prestations publicitaires, avec une peine complementaire d exclusion des marches publics pouvant aller jusqu a cinq ans pour les personnes morales. La limite de ce dispositif est que pour l achat programmatique en temps reel, le decret n exige que le montant global facture pour la campagne, sans obligation de prix unitaire par espace ni de divulgation de la marge de chaque intermediaire de la chaine. Un rapport administratif de juillet deux mille treize, qui a prepare cette extension au numerique, estimait qu a l epoque vingt centimes au plus sur un euro investi en publicite numerique revenaient aux sites de contenu.Ce que la loi vous donne, et où elle s’arrêteCe qui est obligatoireUn contrat écrit de mandat pour tout achat d’espace par un intermédiaireLes rabais du vendeur figurent sur votre factureLa facture vous est communiquée directement par le vendeurCe que le compte rendu numérique doit contenirUnivers de diffusion, formats, indicateurs convenus, montant global,les prestataires techniques et les acteurs de conseil impliquésCe qu’elle n’impose pasEn temps réel, le montant global suffit. Ni prix unitaire, ni marge par intermédiaire.
Un socle légal opposable, gratuit, et limité au montant global pour le programmatique. Source : Loi n° 93-122 du 29 janvier 1993, articles 20, 23 et 25, version en vigueur ; décret n° 2017-159 du 9 février 2017 ; rapport CGEIET n° 2013/17, juillet 2013 (2017)

Ce que vous pouvez vérifier vous-même, avec un script

Trois fichiers publics permettent de recouper une chaîne d’impression sans cabinet d’audit.

Le fichier des vendeurs autorisés, déposé par l’éditeur à la racine de son domaine, déclare quels systèmes publicitaires sont habilités à vendre son inventaire, avec pour chacun un identifiant de compte et une relation, directe ou revendeur.

Le fichier des vendeurs d’une plateforme déclare, pour chaque identifiant de compte, l’entité effectivement payée, son domaine, et son type : éditeur, intermédiaire, ou les deux. Les définitions officielles sont précises :

« PUBLISHER: the inventory sold through this account is on a site, app, or other medium owned by the named entity and the advertising system pays them directly. » « INTERMEDIARY: the inventory sold through this account is not owned by the named entity or the advertising system does not pay them directly. »

L’objet transmis dans la requête d’enchère énumère les intermédiaires qui ont participé à la transaction, dans l’ordre, avec un drapeau indiquant si la chaîne est complète. La règle de construction est explicite :

« It is invalid for a reseller to copy the SupplyChain object from the previous seller to their request for that inventory without also inserting their node into the chain. »

Le recoupement tient en cinq étapes. Récupérer la chaîne de l’impression achetée. Vérifier le drapeau de complétude : à zéro, un maillon amont n’a rien déclaré, et aucune inférence n’est possible sur lui. Pour chaque maillon, aller lire le fichier de vendeurs de la plateforme concernée et vérifier que l’identifiant existe avec un type cohérent. Comparer le premier maillon au fichier de vendeurs autorisés du site vendu. Signaler toute divergence.

C’est faisable en une journée de développement, et cela détecte les incohérences les plus grossières.

Ce que ces fichiers ne prouvent pas

Il faut être aussi précis sur les limites que sur les possibilités, parce que ces dispositifs sont régulièrement présentés comme une garantie.

Ils sont déclaratifs. La vérification a lieu entre un robot et un fichier texte, jamais transaction par transaction. La spécification l’écrit elle-même :

« These tools cannot stop an unscrupulous ad platform from misrepresenting an unauthorized publisher ID as an authorized one by changing the publisher ID prior to offering the impression on an ad exchange. Participants should be aware of this limitation. »

Un vendeur peut rester anonyme. Le fichier d’identité prévoit un indicateur de confidentialité qui autorise à omettre le nom et le domaine. L’entrée doit exister, mais l’entité payée reste invérifiable de l’extérieur.

La mise à jour n’est pas instantanée. En l’absence d’en-tête d’expiration, la durée de cache par défaut est de sept jours, et en cas d’erreur le système consommateur doit réutiliser la dernière version récupérée. Le retrait d’un vendeur douteux ne se propage donc pas immédiatement.

Et le contournement est documenté académiquement. Deux travaux présentés en conférence en 2024 et 2025 décrivent le regroupement d’inventaire : des sites de faible qualité mutualisent leur inventaire au niveau d’une place de marché avec des sites légitimes, de sorte que la chaîne déclarative paraît parfaitement propre alors que l’origine réelle est masquée. Le second conclut que ce phénomène avait été sous-estimé d’un facteur quinze par les études antérieures.

Enfin, une donnée non commerciale rare sur l’ampleur du problème : une étude technique publiée par la CNIL en 2020, fondée sur un relevé des vingt principales plateformes de vente actives en France, conclut que la majorité d’entre elles peuvent atteindre plus de 240 000 éditeurs via leurs intermédiaires, et que « le réseau de vente de l’inventaire est généralement inconnu des utilisateurs, et parfois même des éditeurs ».

Ce que les trois fichiers publics de la chaine publicitaire permettent de verifier et ce qu ils ne prouvent pasCe que les trois fichiers publics de la chaine publicitaire permettent de verifier et ce qu ils ne prouvent pas. Le premier fichier, depose par l editeur a la racine de son domaine, declare quels systemes publicitaires sont autorises a vendre son inventaire, avec pour chaque ligne le domaine du systeme publicitaire, l identifiant du compte vendeur dans ce systeme, et le type de relation, directe lorsque l editeur controle directement le compte, ou revendeur lorsqu il a autorise une autre entite a controler ce compte et a revendre son espace. Le deuxieme fichier, publie par la plateforme, declare pour chaque identifiant de compte l entite effectivement payee, son domaine et son type, la valeur editeur signifiant que l inventaire vendu par ce compte se trouve sur un support detenu par l entite nommee et que le systeme publicitaire la paie directement, la valeur intermediaire signifiant que l inventaire n est pas detenu par l entite nommee ou que le systeme ne la paie pas directement, et la valeur les deux signifiant que les deux types d inventaire transitent par ce vendeur. Le troisieme dispositif est un objet transmis dans la requete d enchere qui enumere dans l ordre les intermediaires ayant participe a la transaction, chaque noeud portant le domaine du systeme publicitaire et l identifiant du compte, avec un drapeau de completude indiquant si la chaine contient tous les noeuds impliques jusqu au proprietaire du support ; la specification precise qu il est invalide pour un revendeur de recopier cet objet sans y inserer son propre noeud. Le recoupement de ces trois sources permet de verifier que le domaine facture figure bien parmi les vendeurs autorises du site, que l identifiant correspondant existe dans le fichier d identite de la plateforme avec un type coherent, et que le premier noeud de la chaine correspond a l editeur declare. Ces dispositifs ne prouvent cependant pas que la chaine est honnete. Ils sont declaratifs et la verification a lieu entre un robot et un fichier texte, jamais transaction par transaction, la specification precisant elle-meme que ces outils ne peuvent pas empecher une plateforme publicitaire malveillante de presenter un identifiant d editeur non autorise comme autorise en le modifiant avant de proposer l impression sur une place de marche. Un indicateur de confidentialite autorise par ailleurs un vendeur a omettre son nom et son domaine, de sorte que l entite payee reste invérifiable de l exterieur. La duree de cache par defaut est de sept jours en l absence d en-tete d expiration, et en cas d erreur le systeme consommateur doit reutiliser la derniere version recuperee, de sorte que le retrait d un vendeur ne se propage pas immediatement. Enfin, deux travaux academiques presentes en conference en deux mille vingt-quatre et deux mille vingt-cinq documentent un contournement par regroupement d inventaire permettant a des sites de faible qualite de vendre leur inventaire sous couvert de sites reputes tout en laissant la chaine declarative parfaitement coherente, le second concluant que le phenomene avait ete sous-estime d un facteur quinze par les etudes anterieures.Trois fichiers, et leur plafondCe qu’un script détecteUn domaine facturé absent des vendeurs autorisés du siteUn identifiant introuvable dans le fichier d’identité de la plateformeUne chaîne déclarée complète dont le premier maillon ne correspond pasCe qu’il ne détecte pasLa substitution d’un identifiant autorisé avant l’envoi de l’impressionL’identité d’un vendeur déclaré confidentielUn retrait récent, tant que le cache de sept jours n’a pas expiréLe regroupement d’inventaire, qui laisse la chaîne parfaitement cohérenteSur ce dernier point, un travail de 2025 conclut que le phénomène était sous-estimé d’un facteur quinze.
Un script détecte les incohérences grossières. Aucun des trois fichiers ne prouve que la chaîne est honnête. Source : IAB Tech Lab, ads.txt v1.1, août 2022 ; app-ads.txt v1.0, mars 2019 ; sellers.json v1.0, juillet 2019 ; SupplyChain object, OpenRTB ; CNIL, étude technique sur ads.txt et sellers.json, 2020 (2022)

L’outillage gratuit que personne n’utilise

Un groupe de travail sectoriel britannique a produit, après la première étude de transparence, un dispositif d’audit en trois documents, librement téléchargeables et sans inscription : une lettre type d’autorisation d’audit, une liste des champs de données à réclamer, et un document de principes sur le traitement de ces données.

La liste des champs est la réponse la plus concrète disponible à la question « que dois-je demander ». Les champs jugés essentiels comprennent l’horodatage le plus fin possible, le pays, l’identifiant et le nom de l’annonceur, le domaine annoncé, l’identifiant de campagne, l’identifiant de l’accord, le domaine de diffusion, l’identifiant de l’éditeur, le type d’appareil, le taux de change le cas échéant, l’identifiant de l’acheteur, celui de la plateforme d’achat et celui de la plateforme de vente, le revenu brut, le revenu net de l’éditeur, les frais de la plateforme de vente, le coût média, le coût des données, les frais de la plateforme d’achat et ses autres frais.

Le test de ce dispositif en conditions réelles a produit des résultats mesurables. La durée de l’étude est passée de 18 à 9 mois, le taux de correspondance des impressions entre côté achat et côté vente de 12 % à 58 %, et la part de dépense impossible à attribuer de 17 % à 3 %. Les prestataires ont partagé en moyenne environ 80 % des champs demandés, les 20 % restants étant refusés pour des raisons juridiques ou techniques.

Mais la lettre ne crée aucun droit. C’est écrit dedans :

« The Parties agree that the Disclosing Party’s provision of the Audit Information is without prejudice and subject to any contractual terms and conditions between any of the Parties hereto. »

Elle ne fonctionne que si votre contrat le permet déjà. L’étude le reconnaît d’ailleurs : le taux d’adoption a varié, et des solutions sur mesure ont souvent été nécessaires.

Un constat négatif à énoncer clairement : je n’ai trouvé aucun outil, gabarit ou méthodologie publié par une association d’annonceurs et explicitement dimensionné pour une entreprise sans service juridique ni équipe de données. Les deux grandes études ont mobilisé des cabinets d’audit et plusieurs années. Le dispositif britannique reste, à ce jour, le seul instrument gratuit et prêt à l’emploi qu’une entreprise puisse envoyer elle-même à ses prestataires.

Le levier le plus rentable, et le moins utilisé

Si vous ne deviez faire qu’une chose sans équipe dédiée, ce serait celle-là, parce que c’est un réglage et non un audit.

La campagne moyenne de l’étude américaine couvrait 44 000 sites. Mais 86 % des impressions provenaient de 3 000 sites, et 63 % des 500 premiers. Les deux autres mesures disponibles convergent : 40 524 sites en moyenne dans l’étude britannique, 37 000 dans un relevé de 2021.

D’où la recommandation, et elle est dimensionnante :

« Buyers should be able to get the scale they need by selecting 75 to 100 trusted sellers; that will provide access to thousands of high-quality websites. »

Il s’agit de gérer une liste de 75 à 100 vendeurs de confiance, pas des milliers de domaines un par un. C’est à la portée d’une équipe restreinte.

La même étude est catégorique sur le sens de la liste :

« Prioritize the creation and use of website “inclusion” lists versus focusing on “exclusion” lists. Exclusion lists are largely ineffective in practice. »

Et l’enquête qui l’accompagne montre à quel point le levier est sous-utilisé : 6 % seulement des annonceurs interrogés utilisent des listes d’inclusion seules, 26 % des listes d’exclusion seules, et parmi ceux qui utilisent des listes d’inclusion, 45 % seulement les mettent à jour chaque mois comme recommandé, un quart ne sachant même pas à quelle fréquence elles le sont.

Une précision utile : la vérification manuelle des noms de domaines est peu fiable, l’étude citant le cas de sites artificiels dont les noms imitent ceux de titres de presse reconnus.

Composition de l outillage d audit gratuit et resultats mesures de son test en conditions reellesComposition de l outillage d audit gratuit produit par un groupe de travail sectoriel britannique et resultats mesures de son test en conditions reelles. L outillage comprend trois documents librement telechargeables sans inscription : une lettre type d autorisation d audit adressee par l annonceur ou l editeur commanditaire a la plateforme detentrice des donnees en vue d un audit mene par un tiers independant, une liste des champs de donnees a reclamer, et un document de principes sur le traitement de ces donnees. La liste des champs juges essentiels comprend l horodatage le plus granulaire possible, le pays, l identifiant et le nom de l annonceur, l identifiant de siege, le domaine de l annonceur, l identifiant de campagne, l identifiant de l accord commercial, les champs de domaine et d adresse de diffusion, l identifiant et le nom de l editeur, le type d appareil, le taux de change le cas echeant, l identifiant, le reseau et le nom de l acheteur, l identifiant de la plateforme d achat, le revenu brut, le revenu de l editeur ou revenu net, les frais de la plateforme de vente, l identifiant de la plateforme de vente, le cout media, le cout des donnees, les frais de la plateforme d achat et ses autres frais techniques ou de donnees. Des champs non essentiels mais utiles sont egalement listes, dont le type de creation, le prix de la deuxieme enchere, le type d enchere au premier ou au second prix, le type de transaction ouverte ou en place de marche privee ou en garanti programmatique, le prix de l enchere gagnante, la categorie sectorielle, l adresse complete de diffusion, les identifiants des outils de verification, l identifiant de vendeur du fichier d identite et la taille de la creation. Le test de ce dispositif en conditions reelles, mene sur onze annonceurs, sept agences, six plateformes d achat, six plateformes de vente et dix editeurs, a fait passer la duree de l etude de dix-huit a neuf mois, le taux de correspondance des impressions entre le cote achat et le cote vente de douze a cinquante-huit pour cent, et la part de depense impossible a attribuer de dix-sept a trois pour cent, les prestataires ayant partage en moyenne environ quatre-vingts pour cent des champs demandes, les vingt pour cent restants etant refuses pour des raisons juridiques ou techniques. La lettre type ne cree cependant aucun droit d acces nouveau, puisqu elle precise elle-meme que la fourniture des informations d audit intervient sans prejudice et sous reserve des termes et conditions contractuels existant entre les parties, de sorte qu elle ne fonctionne que si le contrat sous-jacent le permet deja ; l etude reconnait que les niveaux d adoption ont varie et que des solutions sur mesure ont souvent ete necessaires.Un outillage gratuit, et ce qu’il a produitTrois documents en accès libreUne lettre type d’autorisation d’auditLa liste des champs à réclamerLes principes de traitement des donnéesCe que son test a changéDurée de l’étude : 18 mois, puis 9Impressions appariées : 12 %, puis 58 %Dépense non attribuable : 17 %, puis 3 %Ce que la lettre ne fait pasElle intervient « sans préjudice et sous réserve des termes contractuels existants ». Aucun droit nouveau.Et le constat négatifAucune association n’a publié d’outil dimensionné pour une entreprise sans équipe dédiée.
Trois documents en accès libre, un gain mesuré. Et une lettre qui ne crée aucun droit nouveau. Source : ISBA, Financial Audit Toolkit for Programmatic Advertising, version 1.2, septembre 2024 ; ISBA et PwC, Programmatic Supply Chain Transparency Study II, 18 janvier 2023 (2024)
Concentration reelle des impressions publicitaires et sous-utilisation des listes d inclusionConcentration reelle des impressions publicitaires et sous-utilisation des listes d inclusion. Dans une etude portant sur vingt et un annonceurs, la campagne moyenne couvrait quarante-quatre mille sites et applications, avec une fourchette allant de trois mille six cent vingt-sept a deux cent vingt-deux mille cinq cent trente-quatre sites selon l annonceur, chiffre coherent avec les quarante mille cinq cent vingt-quatre sites en moyenne mesures par une etude britannique anterieure et les trente-sept mille d un releve de deux mille vingt et un. Pourtant, quatre-vingt-six pour cent des impressions provenaient de seulement trois mille sites, et soixante-trois pour cent des cinq cents premiers sites. La recommandation publiee consiste a privilegier la creation et l usage de listes d inclusion de sites plutot que de se concentrer sur des listes d exclusion, l etude precisant que les listes d exclusion sont largement inefficaces en pratique, a selectionner soixante-quinze a cent vendeurs de confiance ce qui donne acces a des milliers de sites de qualite, et a mettre la liste a jour chaque mois. Une enquete accompagnant l etude montre que ce levier est tres peu utilise : six pour cent seulement des annonceurs interroges utilisent des listes d inclusion seules, vingt-six pour cent utilisent des listes d exclusion seules, cinquante-neuf pour cent utilisent les deux, et parmi les utilisateurs de listes d inclusion quarante-cinq pour cent seulement les mettent a jour mensuellement comme recommande tandis qu un quart ignore a quelle frequence elles sont mises a jour. L etude signale enfin que la verification manuelle des noms de domaines est peu fiable, citant le cas de sites artificiels generes automatiquement dont les noms imitent ceux de titres de presse reconnus, ce qui rend necessaire un controle sur donnees de diffusion en parallele de la curation manuelle.44 000 sites touchés, 3 000 qui comptentSites touchés par la campagne moyenne44 000Sites d’où viennent 86 % des impressions3 000Vendeurs de confiance recommandés75 à 100À quel point le levier est sous-utilisé6 % des annonceurs utilisent des listes d’inclusion seules26 % s’en tiennent aux listes d’exclusion, jugées « largement inefficaces en pratique »45 % de ceux qui en ont une la mettent à jour chaque mois
86 % des impressions viennent de 3 000 sites. La campagne moyenne en touche 44 000. Source : ANA, Programmatic Media Supply Chain Transparency Study, décembre 2023, et ANA Programmatic Benchmark Survey (2023)

Dans quel ordre s’y prendre

Commencez par la liste d’inclusion. C’est un réglage, pas un audit. 75 à 100 vendeurs de confiance, mise à jour mensuelle. Vous éliminez l’essentiel de l’inventaire sans valeur avant d’avoir ouvert un seul fichier de données.

Lisez votre compte rendu légal. Si vous êtes en France, le vendeur d’espace vous doit un compte rendu dans le mois qui suit la diffusion, avec les prestataires techniques et les acteurs de conseil impliqués. Si vous ne le recevez pas, vous ne demandez pas une faveur en le réclamant.

Vérifiez vos contrats avant de demander des données. C’est la leçon des 46 annonceurs bloqués : le moment de négocier l’accès aux données de diffusion est la signature, pas l’audit. Les points à obtenir sont documentés : transparence du calcul des frais, propriété et portabilité des données, droit de partager avec vos propres auditeurs, droits d’audit de conformité et de performance, et interdiction des rétro-commissions. Avec une recommandation qui vaut d’être citée telle quelle : « Do not accept a DSP’s form contract. »

Clauses contractuelles a obtenir et etat reel des droits d audit des annonceursClauses contractuelles a obtenir avant de signer un contrat de plateforme d achat, et etat reel des droits d audit des annonceurs. Les recommandations publiees portent sur sept familles de clauses. La transparence des frais impose que le calcul de chaque poste soit explicite, qu il s agisse des frais de plateforme, des couts variables, des frais de gestion, des frais lies a la performance ou des frais de donnees d audience. La propriete et l usage des donnees imposent de clarifier qui detient les donnees, en particulier les donnees de journal au niveau de l impression, et d obtenir la portabilite ainsi que le droit de les partager avec les autres prestataires de l annonceur, agences, auditeurs et consultants. Les droits d audit doivent etre robustes et couvrir la conformite comme la performance. L interdiction des retro-commissions doit garantir qu aucune remise ni incitation n est versee a l agence ou a un tiers en fonction des depenses de l annonceur. S y ajoutent les obligations de reporting a une frequence et dans un format exploitables par l annonceur, les clauses de fraude publicitaire et de securite de marque, et les modalites de resolution des litiges. La recommandation la plus directe est de ne pas accepter le contrat type fourni par la plateforme et de faire etablir un contrat sur mesure. Un guide de la federation mondiale des annonceurs detaille par ailleurs dix principes pour la clause de droit d audit, dont l absence de restriction sur le choix du cabinet d audit, la possibilite pour l auditeur de contacter directement tous les fournisseurs media, l extension de l audit a toutes les entites du groupe de l agence, une profondeur historique allant jusqu a trois ans apres la fin du contrat, une remuneration de l auditeur au forfait et jamais au pourcentage des sommes recuperees, des penalites en cas de non-conformite materielle, et une lettre de representation signee par la direction financiere de l agence. Sur l etat reel des pratiques, une enquete portant sur quarante-huit entreprises repondantes indique que quatre-vingt-trois pour cent disposent de droits d audit financier contractualises, que douze pour cent n en ont pas ou l ignorent, que soixante-cinq pour cent n ont pas un acces complet aux donnees detenues dans les plateformes d achat utilisees pour leur compte, y compris les fichiers de journal et le reporting financier, et que trente-deux pour cent achetent de l inventaire aupres de leur agence agissant comme principal sur une base non divulguee.Ce qui se négocie à la signature, pas à l’auditLes clauses à obtenirTransparence du calcul de chaque poste de fraisPropriété et portabilité des données de journalDroit de les partager avec vos propres auditeursDroits d’audit de conformité et de performanceInterdiction des rétro-commissions à l’agenceEt surtout : refuser le contrat type de la plateformeL’écart entre le droit et l’accès réel, sur 48 entreprises83 % ont un droit d’audit financier inscrit au contrat65 % n’ont pas un accès complet aux données de leur plateforme d’achat32 % achètent à leur agence agissant comme principal, sans divulgation
83 % des annonceurs ont un droit d'audit. 65 % n'ont pas accès aux données de leur propre plateforme d'achat. Source : WFA et FirmDecisions, Media Contract Guidance for Advertisers: Global Best Practice ; WFA et Ebiquity, Transparency Scorecard, janvier 2022, base 48 entreprises ; ANA, décembre 2023, annexe sur la contractualisation avec une plateforme d'achat (2023)

Lancez le recoupement technique. Une journée de développement pour comparer les trois fichiers publics sur un échantillon de vos impressions. Ça ne prouve pas l’honnêteté de la chaîne, ça révèle les incohérences.

Et n’attendez pas d’un audit qu’il vous rende ce que la structure ne rend pas. Même le dispositif le plus abouti a laissé 3 % de dépense non attribuable, avec des prestataires refusant 20 % des champs demandés. Le but n’est pas d’atteindre la transparence totale, qui n’est pas atteignable, mais de savoir de quelle part de votre dépense vous ne pouvez rien dire.

Ce contrôle fait partie de ce que nous mettons en place dans une stratégie média, où le mandat, la facturation et le périmètre mesuré se décident avant le premier euro dépensé.