Le même pli d’une page coûte environ un euro ou environ six euros. L’écart ne vient pas du volume, il vient de ce que vous apportez.
C’est la particularité de ce canal, et elle le rend plus lisible que tous les autres : les prix sont publics, l’opérateur postal publie ses grilles, et les prestataires affichent les leurs. Le seul travail consiste à additionner les bonnes lignes, ce qui est moins évident qu’il n’y paraît puisque l’un des acteurs les moins chers n’inclut pas l’affranchissement dans son prix affiché.
Nous avons relevé ces grilles le 21 septembre 2026. Le cadre du canal, ses tarifs réglementés et ce que la garantie ne couvre pas sont traités dans notre article sur ce que les tarifs publics disent. Ici, il s’agit du montage.
Les trois montages
Le dépôt numérique, autour d’un euro
Maileva, du groupe La Poste, est le montage le moins cher, et son prix affiché est trompeur si l’on ne lit pas la page entière.
La prestation démarre à 0,219 euro hors taxes pour un pli d’une page en noir et blanc. Ce prix n’inclut pas l’affranchissement, facturé séparément et affiché sur la même page pour la tranche 0 à 50 grammes : 0,747 euro en Ecopli, 0,84 en Lettre Verte, 1,538 en Lettre Performance.
Un pli d’une page en Ecopli revient donc à environ 0,97 euro hors taxes tout compris. C’est le meilleur prix du marché pour un envoi sans routeur physique, et c’est aussi celui qui demande le plus : fichier normalisé, maquette au bon format, et acceptation du produit postal le plus lent.
Un point à signaler : le montant de l’abonnement Maileva n’est pas public. La page tarifaire renvoie vers un formulaire de contact. Vous ne pouvez donc pas construire un budget complet sans passer par un commercial, ce qui est exactement la situation que ce canal était censé éviter.
L’envoi à l’unité, autour de deux euros trente
Merci Facteur facture ligne par ligne, et sa grille est entièrement publique : première page 0,89 euro, deuxième page 0,30, pages suivantes 0,20 puis 0,10, enveloppe C6 ou C5 à 0,10 euro, C4 à 0,15, affranchissement France à partir de 1,30 euro, suivi 0,50 euro.
Un pli d’une page avec enveloppe revient donc à 2,29 euros, et 2,79 avec suivi. Le recommandé avec accusé de réception d’une page ressort à 7,16 euros toutes taxes comprises.
Deux particularités de cette grille méritent d’être dites. Elle ne distingue pas le noir et blanc de la couleur : aucun surcoût couleur n’y figure, ce qui est rare. Et elle ne comporte aucune dégressivité par volume : mille plis coûtent mille fois le prix d’un. La dégressivité passe par l’abonnement professionnel, à 19,95 euros par mois pour l’offre Premium, qui ajoute un fichier client, une interface de programmation, les connecteurs d’automatisation et les enveloppes à votre marque, ou 39,95 euros pour l’offre Volume.
C’est le montage qui permet de tester sur cinquante plis sans engagement ni minimum, et c’est pour cela qu’il faut commencer par là.
Le service opéré, autour de six euros
Premier Pli vend le résultat plutôt que l’outil : le prestataire trouve le fichier, enquête sur chaque destinataire, écrit, produit le courrier, affranchit, suit et relance. La première vague de cinquante dirigeants est facturée 197 euros, avec une garantie annoncée de remboursement sous trente jours si aucun courrier n’est scanné. Ensuite, l’abonnement mensuel va de 297 euros pour une vague à 747 euros pour trois.
Soit environ 5,94 euros le pli au premier palier, fichier et relance compris. C’est six fois le prix du dépôt numérique, et c’est le seul des trois qui inclut la relance, c’est-à-dire précisément ce qui fait marcher le canal.
L’écriture manuscrite : ce qui est interdit, et ce qui ne l’est pas
C’est la question qui revient systématiquement, et la réponse circule à l’envers.
Le guide du courrier industriel de l’opérateur postal, dans son édition de janvier 2026, écrit sous la rubrique de présentation de l’adresse : « Police imitant l’écriture manuscrite interdite. » Il va jusqu’à illustrer en annexe un contre-exemple légendé « Adresse destinataire imitant l’écriture manuscrite ».
Mais l’interdiction porte sur le bloc adresse, pas sur le corps de la lettre, et elle vaut pour le courrier industriel, c’est-à-dire l’envoi en nombre bénéficiant des tarifs mécanisés.
Deux montages restent donc possibles. Soit l’adresse est imprimée en police normalisée pendant que le corps est manuscrit, ce qui préserve le tarif en nombre. Soit l’envoi part au tarif lettre ordinaire, hors régime industriel, ce qui coûte plus cher au pli mais lève toute contrainte.
Manuscry produit ces courriers avec des robots à stylo bille, en France. Sa grille publique est dégressive et inclut le support et l’affranchissement : une lettre A4 va de 2,50 euros hors taxes à l’unité jusqu’à 0,98 euro au plus gros volume, une carte A6 de 2,50 à 0,98, une carte A5 de 3,00 à 1,18. Le prix plancher est atteint à cinquante mille exemplaires, ce qui ne concerne personne en prospection B2B, mais la dégressivité commence bien avant. Sans minimum ni engagement. La recherche de contact par le prestataire est facturée 0,25 euro hors taxes par lettre.
Le fichier, et la bonne nouvelle de ce canal
C’est le seul canal où la donnée de contact est publique et gratuite.
La base publique des entreprises contient l’adresse postale de tous les établissements, actifs et fermés, sous licence ouverte avec réutilisation commerciale autorisée. Là où le téléphone et l’email imposent de trouver la coordonnée ailleurs, le courrier la trouve dans le registre lui-même.
Deux réserves, qui se traitent en amont plutôt qu’après impression.
Le statut de diffusion. Une entreprise peut demander que ses données ne soient pas diffusées publiquement. Pour une personne morale, seule l’adresse exacte dans la commune est masquée, ce qui rend la ligne inutilisable pour un publipostage. Filtrez avant d’imprimer, pas après.
Le siège n’est pas l’établissement. Sur une cible multi-sites, viser le siège envoie le pli au service administratif et non au décideur opérationnel.
Si vous voulez des filtres plus fins, des données financières ou le nom des dirigeants, Societeinfo publie une grille complète, de 39 euros par mois en engagement annuel pour 3 600 crédits annuels à 299 euros pour 72 000, avec des crédits à la demande de 0,25 à 0,05 euro sans expiration. Manageo, du groupe Altares, vend un fichier téléchargeable en self-service mais n’affiche aucun montant avant que vous ayez saisi vos critères de ciblage. Kompass, Altares et Ellisphere ne publient aucun tarif.
L’impression, le poste qui ne décide jamais du budget
Faites le rapport une fois pour toutes : sur cinq cents plis, un tirage à trente-deux euros représente six centimes par pli, contre près d’un euro d’affranchissement. L’impression ne décide jamais du budget d’une campagne courrier, et choisir un papier plus épais coûte moins cher qu’on ne le croit.
Notez au passage que trois imprimeurs très connus ne publient aucune grille : leur prix ne s’affiche qu’après configuration complète. Ce n’est pas rédhibitoire, mais cela rend tout devis comparatif long à établir.
Le processus, semaine par semaine
Semaine 1 : les adresses, et la norme que personne ne lit
Extrayez depuis la base publique, filtrez le statut de diffusion, tranchez entre siège et établissement.
Puis normalisez, parce qu’une adresse mal formée sort du tarif mécanisé. La norme impose trois à six lignes de trente-huit caractères au maximum, espaces compris, et la dernière ligne en majuscules non accentuées et sans ponctuation, le trait d’union comptant comme une ponctuation. Une raison sociale longue suivie d’un service et d’un nom de voie dépasse cette limite plus souvent qu’on ne l’imagine.
Semaine 2 : écrire, et figer le format
Le format se décide ici et pas plus tard, parce que le poids et la largeur commandent la tranche tarifaire. Pesez un exemplaire assemblé, sur une balance, pas sur l’estimation de l’imprimeur.
Sur le contenu, une seule règle utile : le courrier ne sert pas à vendre, il sert à rendre le coup de téléphone suivant naturel. Ce qui compte, c’est qu’il donne une raison de rappeler.
Semaine 3 : imprimer et déposer
Les délais d’impression vont de vingt-quatre heures à cinq jours. Le délai postal est indicatif et ne fait l’objet d’aucun engagement contractuel, y compris sur les options vendues sur leur rapidité. Prévoyez une marge.
Semaines 4 à 6 : relancer, et c’est là que tout se joue
Appelez trois à cinq jours après la distribution estimée. Assez tôt pour que le courrier soit frais, assez tard pour qu’il soit arrivé.
La première phrase fait référence au courrier. C’est tout l’intérêt du canal : elle transforme un appel à froid en rappel, et elle donne au standard une raison de passer l’appel.
Planifiez cette relance avant d’imprimer, et bloquez les créneaux au calendrier. Une campagne courrier sans relance téléphonique planifiée n’est pas une campagne, c’est une dépense d’impression. Le mode d’emploi des appels, outils et cadence compris, est dans d’où vient le fichier, et ce que chaque montage coûte.
Ressource à télécharger
Le calculateur de campagne courrier
Le classeur qui additionne tous les postes d'une campagne, impression, enveloppe, affranchissement et temps de relance, et calcule le coût par contact joint et par rendez-vous obtenu.
- Le budget complet au pli, affranchissement et temps compris
- Le seuil de rentabilité à partir de votre panier et de votre marge
- Le rétroplanning des six semaines, dépôt et relance inclus
- Les erreurs de format qui font sortir du tarif mécanisé
Format Excel. Aucune inscription à une liste de diffusion.
Ce que ces montages ne règlent pas
L’information des personnes. Dès que vous adressez à une personne nommée et non à un service, vous traitez une donnée personnelle. Vous devez informer et permettre l’opposition, comme sur les autres canaux. Une adresse générique de service reste hors du champ strict.
Il n’existe pas de liste d’opposition contraignante au courrier. Une liste volontaire existe, gérée par une fédération professionnelle, mais elle ne vise que les personnes physiques et ne lie que les annonceurs qui choisissent de l’appliquer.
Le retour d’information. Selon le produit postal choisi, un pli non distribuable vous revient ou disparaît sans notification. Si vous voulez nettoyer votre fichier, ce choix se fait au dépôt, pas après.
Par où commencer
Testez sur cinquante plis chez le prestataire d’envoi à l’unité. Cent quinze euros environ, aucun engagement, aucun minimum, et vous saurez en trois semaines si votre message provoque des conversations.
Ne passez au dépôt numérique que lorsque le volume le justifie et que la maquette est stabilisée. Le gain d’un euro trente par pli devient significatif à partir de quelques centaines d’envois, et il suppose un fichier propre.
Réservez le service opéré au cas où vous visez quelques dizaines de dirigeants difficiles à joindre et où vous n’avez ni le temps de constituer le fichier ni celui de relancer. À six euros le pli, il se justifie par ce qu’il vous évite, pas par ce qu’il envoie.
Et dans tous les cas, mettez la relance au calendrier avant de commander l’impression.