Si vous avez acheté une police pour votre identité et que votre prestataire l’a installée sur votre site, il y a de bonnes chances que vous soyez hors contrat. Une licence bureau ne couvre pas un site web, et les quatre fonderies dont j’ai lu les conditions l’écrivent noir sur blanc.

Ce n’est pas un détail juridique. C’est le poste de risque le plus concret d’un projet d’identité visuelle, parce qu’il survit au projet : la facture est soldée, le logo est validé, et la non-conformité continue de courir tant que le site est en ligne.

Cet article traite les trois dimensions d’une décision typographique dans l’ordre où elles coûtent de l’argent : les licences, ce que la recherche établit réellement sur la lisibilité, et les exigences normatives qui s’appliquent au texte. Il complète notre page sur l’identité visuelle, où la typographie est un livrable parmi d’autres.

Ce que vous achetez vraiment en achetant une police

Une police ne s’achète pas, elle se licencie, et le périmètre de la licence se découpe par usage. Les régimes qu’on rencontre sont le bureau, le web, l’application, le serveur, et parfois le logotype et les réseaux sociaux.

Le bureau ne couvre pas le web. C’est la règle qui surprend le plus, et elle est écrite quatre fois. Une fonderie précise que sa licence bureau se limite à « l’aperçu et l’impression seulement », n’autorise pas l’intégration dans un site, et permet seulement d’y téléverser des images produites avec la police. Une autre interdit l’usage « sur Internet en texte dynamique sélectionnable » et ajoute que la seule façon d’employer la police en ligne passe par des images fixes. Une troisième écrit que « les polices d’impression ne doivent pas servir à générer des polices web ».

Convertir soi-même est une violation. Le réflexe qui consiste à transformer un fichier de bureau en format web avec un convertisseur en ligne est explicitement interdit chez les mêmes fonderies, et le contrat de Monotype ajoute qu’on ne peut pas mettre en ligne une version de police qui n’aurait pas été fournie dans son propre kit.

Le web se tarife au trafic. C’est le second point qui échappe à tout le monde, parce qu’il n’a aucun équivalent ailleurs dans l’achat logiciel. Le contrat type de Monotype est sans ambiguïté : « si aucun nombre de pages vues n’est indiqué sur votre facture, le nombre de pages vues licencié est de 50 000 par mois ». Au-delà, sur une moyenne de six mois consécutifs, il faut acheter une extension. Le même contrat impose de conserver le code de suivi fourni avec le kit, et réserve à l’éditeur le droit de demander les statistiques par écrit.

Le logotype peut se facturer à part. Il n’existe aucune règle de marché. Une fonderie inclut explicitement les logos dans sa licence bureau. Une autre écrit l’inverse : le licencié « ne peut pas utiliser la police telle quelle dans le logo ou la marque verbale de l’entreprise », une licence logo existant moyennant un supplément indexé sur la taille de l’entreprise. La seule méthode fiable est de lire le contrat de la police avant de dessiner le logo, pas après.

Les regimes de licence applicables a une police de caracteres et le perimetre de chacunPresentation des regimes de licence sous lesquels une police de caracteres commerciale est vendue, et du perimetre d usage que chacun autorise. La licence bureau autorise l installation sur un nombre defini de postes et la production de fichiers, mais n autorise pas l integration de la police dans un site web, quatre fonderies independantes l ecrivant explicitement dans leurs conditions, l une limitant l usage a l apercu et a l impression seulement, une autre interdisant l usage sur Internet en texte dynamique selectionnable et n autorisant en ligne que des images fixes, une troisieme precisant que les polices d impression ne doivent pas servir a generer des polices web ; la conversion d un fichier de bureau vers un format web au moyen d un convertisseur constitue egalement une violation de contrat chez ces memes fonderies. La licence web autorise l integration par la regle d importation de police dans une feuille de style, et se tarife au volume de trafic et non au nombre de postes, le contrat type de Monotype precisant que lorsque aucun nombre de pages vues ne figure sur la facture le plafond licencie s eleve a cinquante mille pages vues par mois, qu au dela d une moyenne sur six mois consecutifs il faut acquerir une extension, qu un code de suivi fourni avec le kit doit etre conserve sur tous les sites concernes, et que l editeur se reserve le droit de demander par ecrit les statistiques de pages vues. La licence application couvre l integration dans un logiciel, la licence serveur couvre les services permettant a un utilisateur non licencie de composer avec la police, et certaines fonderies vendent separement une licence pour l usage dans un logotype ainsi qu une licence pour les reseaux sociaux tarifee au nombre d abonnes cumules.Un achat, plusieurs périmètresRÉGIMECE QU’IL AUTORISECE QUI SE TARIFEBureauInstaller sur des postes, produire des fichiersLe nombre de postesWebServir la police sur un site, par la feuille de styleLes pages vues par moisApplicationEmbarquer dans un logicielL’applicationLogotypeChez certaines fonderies seulement, en supplémentLa taille de l’entrepriseSans volume indiqué sur la facture, le contrat type de Monotype plafonne par défaut à 50 000 pages vues par mois.
Le bureau ne couvre pas le web, et le web se tarife au trafic. Deux règles sans équivalent ailleurs dans l'achat logiciel. Source : Contrats de licence Monotype, MyFonts, The Foundry Types, W Type Foundry (2026)

Le piège de l’abonnement, et celui du titulaire

Deux erreurs structurelles reviennent dans les projets que nous reprenons, et aucune des deux ne se voit avant qu’il soit trop tard.

La police fournie par abonnement meurt avec l’abonnement. Les conditions contractuelles d’Adobe accordent le droit d’usage « uniquement tant que vous maintenez un abonnement Adobe sans interruption ». La FAQ détaille les conséquences : les fichiers qui embarquent la police, PDF et images, continuent de s’afficher correctement ; mais les documents qui référencent une police vivante et éditable affichent un avertissement de police manquante et la remplacent par une police par défaut.

Et pour le site, c’est pire : l’auto-hébergement des fichiers est explicitement interdit, la police étant servie par le code d’intégration du service. Le jour où l’abonnement s’arrête, la typographie du site cesse d’être servie. Une PME qui bâtit son identité là-dessus loue sa marque sans le savoir.

Un troisième point, moins connu et tout aussi gênant : les conditions prévoient que les éditeurs pour lesquels vous créez des sites doivent souscrire leur propre abonnement pour continuer à afficher la police, et qu’il vous est interdit d’héberger les polices pour eux. Une agence ne peut donc pas couvrir ses clients avec son propre abonnement.

Le titulaire de la licence n’est pas toujours celui qu’on croit. Une fonderie le dit explicitement : le licencié est « l’entreprise, la marque ou la société pour laquelle la police est au service et en usage, et non l’agence ou le designer mandaté ». Si l’agence achète à son nom, votre entreprise n’a rien, et le jour où vous changez de prestataire la licence part avec lui. C’est la question à poser avant la livraison : au nom de qui la licence a-t-elle été achetée.

Le cas des polices libres. Les polices distribuées sous licence ouverte lèvent la quasi-totalité de ces contraintes : utilisables commercialement, modifiables, utilisables dans un logo, sans attribution obligatoire. Trois limites subsistent, et elles sont réelles : la police ne peut pas être vendue seule, une version modifiée doit changer de nom lorsqu’un nom réservé est déclaré, et la police dérivée reste sous la même licence. La licence prévoit aussi sa propre résiliation automatique si l’une de ces conditions n’est pas respectée.

Consequences de l arret d un abonnement logiciel sur les polices de caracteres qu il fournissaitAnalyse des consequences de l interruption d un abonnement logiciel fournissant des polices de caracteres, etablie a partir des conditions contractuelles et de la documentation d assistance de l editeur. Le contrat accorde le droit d usage uniquement tant que l abonnement est maintenu sans interruption. A l arret, les fichiers qui embarquent les donnees de police, tels que les documents au format PDF et les images, ainsi que tout texte rasterise ou vectorise, continuent de s afficher correctement et peuvent etre reproduits et distribues independamment du statut de l abonnement. En revanche, les documents qui referencent des polices vivantes et editables, tels qu un document de mise en page ou un document de traitement de texte, affichent un avertissement de police manquante et emploient une police par defaut du programme a la place, l editeur precisant qu il faudrait acquerir une nouvelle licence et installer les polices pour continuer a afficher et modifier ces fichiers. Pour le site web, la consequence est plus lourde encore puisque les conditions interdisent explicitement l hebergement des fichiers de police sur un serveur propre ou toute autre option d auto hebergement, la police etant servie par le code d integration du service, de sorte que l arret de l abonnement fait cesser l affichage de la typographie du site. Une disposition complementaire prevoit que les editeurs pour le compte desquels des sites sont crees doivent souscrire leur propre abonnement pour continuer a afficher la police, et qu il est interdit d heberger les polices pour eux ou de leur revendre le service, ce qui empeche une agence de couvrir ses clients avec son propre abonnement.Le jour où vous arrêtez l’abonnementCE QUI SURVITLes PDF et les imagesTout texte vectorisé ou aplatiReproductibles et distribuables librement.CE QUI CASSELes documents natifs éditablesLa typographie de votre sitePolice manquante, remplacée par un défaut.L’auto-hébergement des fichiers, qui réglerait le problème du site, est explicitement interdit par le contrat.Et une agence ne peut pas couvrir ses clients avec son propre abonnement.Les éditeurs pour qui elle crée des sites doivent souscrire le leur.
Les PDF survivent, le site non. Et l'auto-hébergement, qui réglerait le problème, est contractuellement interdit. Source : Conditions contractuelles et assistance Adobe Fonts (2026)

Le débat empattements contre sans empattements est clos

Vous entendrez qu’il faut une police à empattements pour le papier et une police sans empattements pour l’écran. C’est faux, et ce n’est pas une opinion contraire : c’est la conclusion d’une revue de littérature couvrant plus de cent quarante ans de recherche sur papier et plus de cinquante ans sur écran, publiée en 2022 et disponible en accès libre.

Sa conclusion, mot pour mot : « il semble n’y avoir aucune différence de lisibilité entre les polices à empattements et les polices sans empattements, que ce soit en lecture sur papier ou en lecture sur écran ». Et l’auteur ne s’arrête pas là : « cela contredit diverses affirmations formulées au cours des cent dernières années par des typographes, des designers et d’autres figures d’autorité ».

La recommandation qui en découle est explicite : « les typographes et les concepteurs de logiciels devraient se sentir libres de faire pleinement usage des polices à empattements comme des polices sans empattements, même lorsque la lisibilité est un critère déterminant de leur choix ».

L’argument de l’écran était vrai, il ne l’est plus. La même conclusion traite le cas directement : on avançait que les empattements et autres détails se perdaient sur les écrans de faible définition, « mais ce n’est plus un argument plausible maintenant que les écrans à haute définition sont largement disponibles ».

Ce qui pèse réellement. Une étude ancienne sur des lecteurs malvoyants, rapportée dans la même revue, donne l’ordre de grandeur : passer à un corps plus grand améliore la performance de lecture de 16 %, passer du romain au gras de 9 %, et passer d’une police à empattements à une police sans empattements de 4 %. Le corps et la graisse pèsent donc trois à quatre fois plus lourd que la présence d’empattements.

Et la leçon de méthode mérite d’être citée telle quelle, parce qu’elle vaut pour tout le secteur : les affirmations du type « tout le monde sait que » ne doivent pas être acceptées en raison de l’autorité de ceux qui les formulent, mais traitées comme des conjectures susceptibles d’être réfutées par une recherche empirique correctement conçue.

Comparaison du poids respectif du corps, de la graisse et des empattements sur la performance de lectureComparaison chiffree du poids respectif des differents parametres typographiques sur la performance de lecture, tiree d une etude ancienne portant sur des lecteurs malvoyants et rapportee dans une revue de litterature publiee en deux mille vingt deux. Passer a un corps de caractere plus grand ameliore la performance de lecture de seize pour cent. Passer du romain au gras l ameliore de neuf pour cent. Passer d une police a empattements a une police sans empattements ne l ameliore que de quatre pour cent, et les variations d espacement n ont pas produit de changement significatif. Le corps et la graisse pesent donc trois a quatre fois plus lourd que la presence ou l absence d empattements. La revue de litterature dont ces chiffres sont tires couvre plus de cent quarante ans de recherche sur la lecture sur papier et plus de cinquante ans sur la lecture sur ecran, et conclut qu il semble n y avoir aucune difference de lisibilite entre les polices a empattements et les polices sans empattements dans l un comme dans l autre cas, en precisant que cette conclusion contredit diverses affirmations formulees au cours des cent dernieres annees par des typographes, des designers et d autres figures d autorite, et en recommandant aux typographes et aux concepteurs de logiciels de se sentir libres de faire pleinement usage des deux familles meme lorsque la lisibilite constitue un critere determinant. L auteur de la revue signale toutefois que l etude dont proviennent ces pourcentages n a pas corrige la multiplicite des tests statistiques et a normalise ses donnees d une maniere qui a pu masquer certains effets.Ce qui pèse vraiment sur la lectureGAIN DE PERFORMANCE DE LECTUREUn corps plus grand16 %Une graisse plus affirmée9 %Passer des empattements au sans4 %« Il semble n’y avoir aucune différence de lisibilité entre les polices à empattements et les polices sans empattements,que ce soit en lecture sur papier ou en lecture sur écran. »
Le corps et la graisse pèsent trois à quatre fois plus lourd que la présence d'empattements. Source : Richardson, The Legibility of Serif and Sans Serif Typefaces, Springer, 2022 (2026)

Les polices « pour dyslexiques » ne font pas mieux lire

C’est une demande fréquente, portée par de bonnes intentions, et les essais contrôlés sont sans appel.

L’étude la plus puissante porte sur 317 enfants. Deux expériences, l’une sur 170 enfants dyslexiques, l’autre sur 102 enfants dyslexiques et 45 enfants sans dyslexie. Conclusion des auteurs : les enfants « n’ont pas lu plus vite ni plus précisément un texte composé en police Dyslexie qu’en Arial », et « la majorité préférait lire en Arial, cette préférence n’étant pas liée à la performance de lecture ». Leur formule finale : la police « ne favorise ni n’entrave le processus de lecture ».

Une seconde police spécialisée donne un résultat négatif. Sur douze élèves de neuf à douze ans, en protocole à sujet unique avec alternance des traitements, OpenDyslexic « a produit des résultats négatifs, c’est-à-dire a dégradé les résultats des élèves par rapport à Arial comme à Times New Roman, sur les trois tâches de lecture ». L’échantillon est petit, et c’est la convergence avec les deux autres travaux qui fait la démonstration, pas cette étude seule.

L’expérience par oculométrie tranche sur ce qui marche. Quarante-huit lecteurs dyslexiques, douze textes, douze polices, mesure du regard. Les polices spécialisées « n’ont pas conduit à une meilleure ou moins bonne lisibilité ». Les polices retenues comme bonnes sont Helvetica, Courier, Arial, Verdana et CMU. Et le résultat le plus actionnable de toute cette littérature est négatif : « les polices en italique dégradent la performance de lecture », Arial italique devant être évitée en particulier.

La distinction à retenir vaut au-delà de ce sujet : il existe une préférence déclarée, et il existe une performance mesurée. Les deux ne coïncident pas. Une revue sur les lecteurs malvoyants note la même chose : une préférence subjective pour les polices sans empattements, sans gain de performance associé.

Ce qui aide réellement, et qui ne coûte rien : un corps plus grand, une graisse plus affirmée, un interlignage généreux rapporté à la hauteur des caractères, et l’absence d’italique dans les blocs de texte long.

Ce que les normes imposent, et ce qu’elles n’imposent pas

Trois idées fausses circulent sur l’accessibilité du texte. Les trois se vérifient en lisant le texte normatif.

Aucune taille minimale de caractère n’est imposée. J’ai cherché dans le texte intégral de la recommandation : aucune occurrence d’une taille de corps plancher. Les valeurs de 14 et 18 points qu’on y trouve servent exclusivement à définir ce qu’est un « texte de grande taille », notion qui sert elle-même uniquement à savoir quand le seuil de contraste s’assouplit. Le référentiel français n’en impose pas davantage. L’affirmation selon laquelle une norme exigerait 16 pixels est fausse : c’est la valeur par défaut des navigateurs et une recommandation de la profession, pas une obligation.

L’espacement de 1,5 n’est pas une consigne de maquette. Le critère sur l’espacement du texte liste bien quatre valeurs : interlignage à au moins 1,5 fois le corps, espacement après paragraphe à au moins 2 fois, interlettrage à au moins 0,12 fois, espacement des mots à au moins 0,16 fois. Mais la note qui suit renverse complètement la lecture : « le contenu n’est pas tenu d’utiliser ces valeurs d’espacement. L’exigence est de garantir que lorsqu’un utilisateur surcharge l’espacement défini par l’auteur, aucun contenu ni aucune fonctionnalité ne soit perdu ». C’est une exigence de robustesse de la mise en page, pas une règle typographique.

Le logotype est exempté deux fois. Il échappe aux exigences de contraste, le texte faisant partie d’un logo ou d’un nom de marque n’ayant « aucune exigence de contraste ». Et il échappe à l’interdiction des images de texte, la note précisant que « les logotypes, c’est-à-dire le texte faisant partie d’un logo ou d’un nom de marque, sont considérés comme essentiels ». En revanche, un slogan ou un titre composé en image pour conserver la police de marque n’est couvert par aucune de ces deux exemptions.

Trois idees fausses sur les exigences normatives applicables au texte en matiere d accessibiliteRectification de trois idees fausses frequemment avancees au sujet des exigences normatives applicables au texte en matiere d accessibilite numerique, chacune verifiee par lecture du texte de la recommandation internationale. Premiere idee fausse, une norme imposerait une taille minimale de caractere, souvent citee comme seize pixels : le texte de la recommandation ne contient aucune occurrence d une taille de corps plancher, et les valeurs de quatorze et dix huit points qui y figurent servent exclusivement a definir ce qu est un texte de grande taille, notion qui determine uniquement a partir de quand le seuil de contraste s assouplit ; le referentiel francais n impose pas davantage de taille minimale. Deuxieme idee fausse, le critere relatif a l espacement du texte imposerait un interlignage d une fois et demie le corps : le critere liste bien quatre valeurs, interlignage a au moins une fois et demie le corps, espacement apres paragraphe a au moins deux fois, interlettrage a au moins zero virgule douze fois et espacement des mots a au moins zero virgule seize fois, mais la note qui suit precise que le contenu n est pas tenu d utiliser ces valeurs et que l exigence consiste a garantir que lorsqu un utilisateur surcharge l espacement defini par l auteur, aucun contenu ni aucune fonctionnalite ne soit perdu, ce qui en fait une exigence de robustesse de la mise en page et non une regle typographique. Troisieme idee fausse, le logotype devrait respecter les regles de contraste : le texte faisant partie d un logo ou d un nom de marque n a aucune exigence de contraste, et il echappe egalement a l interdiction des images de texte puisque les logotypes sont consideres comme essentiels, en revanche un slogan ou un titre compose en image pour conserver la police de marque n est couvert par aucune de ces deux exemptions.Trois idées fausses, vérifiables en lisant le texte« Une norme impose 16 pixels. »Faux. Aucune taille de corps plancher dans le texte.Les 14 et 18 points qu’on y trouve servent à savoir quand le seuil de contraste s’assouplit.« Il faut un interlignage de 1,5. »Faux. La note du critère renverse la lecture :« Le contenu n’est pas tenu d’utiliser ces valeurs. L’exigence est de garantir que lorsqu’un utilisateursurcharge l’espacement défini par l’auteur, aucun contenu ni fonctionnalité ne soit perdu. »« Le logo doit respecter le contraste. »Faux, et il est exempté deux fois : contraste et images de texte.Mais un slogan composé en image pour garder la police de marque n’est couvert par aucune des deux.
Le critère sur l'espacement n'est pas une consigne de maquette, c'est une exigence de robustesse. Source : WCAG 2.2, W3C Recommendation du 12 décembre 2024 (2026)

Les trois réglages web qui coûtent de l’argent si on les découvre après

Le comportement par défaut est mauvais, et il diffère selon le navigateur. La documentation de Google est explicite : les navigateurs fondés sur Chromium et Firefox bloquent l’affichage du texte jusqu’à trois secondes si la police n’est pas chargée, et Safari le bloque indéfiniment. Sans réglage, un visiteur peut donc attendre devant une page vide.

Le réglage se choisit par usage, pas une fois pour toutes. La recommandation de Google est de combiner : utiliser un affichage par échange pour les éléments de marque et les éléments visuellement distinctifs, et un affichage optionnel pour les polices du corps de texte. Le premier garantit que la marque s’affichera même tardivement, le second qu’un texte long ne fera jamais attendre.

Le préchargement n’est pas la bonne réponse réflexe. C’est le conseil le plus contre-intuitif, et il vient de Google : « soyez prudent avec le préchargement des polices ». Le motif est que le préchargement prend des ressources aux autres éléments de la page, ignore les découpages par plage de caractères, et constitue un contournement plutôt qu’un traitement de la cause. La recommandation préférée est d’inscrire les déclarations de police directement dans l’en-tête du document plutôt que dans une feuille de style externe.

Un effet secondaire à traiter. L’échange de police décale la mise en page quand la police définitive n’occupe pas le même espace que la police de repli, ce qui dégrade la stabilité visuelle mesurée par les indicateurs de performance. Le correctif existe et consiste à ajuster les métriques de la police de repli.

Les polices variables n’ont plus de problème de compatibilité, avec un taux de prise en charge mondial de 96,54 % au 2 octobre 2026. Le gain de poids, en revanche, mérite une nuance : le chiffre de 88 % de réduction qui circule vient d’une expérience combinant quarante-huit styles en un seul fichier. Pour une marque qui utilise deux graisses, une police variable peut être plus lourde qu’une paire de fichiers statiques sous-ensemblés. Le gain est proportionnel au nombre de styles réellement employés.

Comportement par defaut des navigateurs face a une police web non chargee et reglages recommandesDescription du comportement par defaut des navigateurs lorsqu une police web n est pas encore chargee, et des reglages recommandes par la documentation de Google. Par defaut, les navigateurs fondes sur Chromium ainsi que Firefox bloquent l affichage du texte pendant une duree pouvant atteindre trois secondes si la police associee n a pas ete chargee, tandis que Safari bloque l affichage du texte indefiniment, de sorte qu en l absence de reglage un visiteur peut rester devant une page vide. La recommandation consiste a choisir le reglage par usage plutot qu une fois pour toutes, en employant un affichage par echange pour les elements de marque et les elements visuellement distinctifs, ce qui garantit que la marque s affichera meme si la police arrive tardivement, et un affichage optionnel pour les polices du corps de texte, ce qui garantit qu un texte long ne fera jamais attendre puisque la police n est pas employee si elle arrive au dela de cent millisecondes. Le prechargement, contrairement au reflexe repandu, n est pas recommande de maniere systematique, la documentation precisant qu il faut y etre prudent parce qu il prend des ressources au chargement des autres elements, qu il ignore les decoupages par plage de caracteres, et qu il constitue un contournement plutot qu un traitement de la cause ; la recommandation preferee consiste a inscrire les declarations de police directement dans l en tete du document plutot que dans une feuille de style externe, afin que le navigateur les decouvre plus tot. Un effet secondaire doit enfin etre traite, l echange de police decalant la mise en page lorsque la police definitive n occupe pas le meme espace que la police de repli, ce qui degrade la stabilite visuelle et se corrige en ajustant les metriques de la police de repli.Sans réglage, Safari bloque indéfinimentCHROMIUM ET FIREFOXjusqu’à 3 sde texte bloqué par défaut.SAFARIindéfinimentLe texte ne s’affiche pas du tout.LE RÉGLAGE SE CHOISIT PAR USAGE, PAS UNE FOIS POUR TOUTESÉchange pour la marque et les éléments distinctifs, pour qu’ils s’affichent même en retard.Optionnel pour le corps de texte, pour qu’un texte long ne fasse jamais attendre.Et contrairement au réflexe courant, Google déconseille le préchargement systématique. Préférez déclarer la police dans l’en-tête.
Safari bloque indéfiniment. Sans réglage, un visiteur peut rester devant une page vide. Source : web.dev, bonnes pratiques de chargement des polices (2026)

Les chiffres qu’on vous citera, et ce qu’ils valent

« Le web design, c’est 95 % de typographie. » La citation est authentique, elle date de 2006, et elle dit autre chose. Son auteur écrivait que 95 % de l’information en ligne est du langage écrit, et en déduisait qu’un concepteur web devrait être formé à la typographie. C’est une estimation posée par raisonnement, sur le contenu, et elle a été transformée en affirmation mesurée sur le design. Personne n’a jamais mesuré que 95 % du design serait de la typographie.

« Baskerville inspire plus confiance. » L’expérience a eu lieu, sur environ 45 000 lecteurs d’un grand quotidien en 2012, et l’écart rapporté est d’environ un point et demi de pourcentage. Même en prenant le résultat pour argent comptant, un tel écart sur un jugement d’accord à une proposition abstraite ne soutient pas la phrase « choisir la bonne police rend votre marque plus crédible ». Et le protocole faisait varier simultanément l’approche, l’interlignage et la taille apparente, donc pas seulement la police.

Les pourcentages de conversion attribués au choix de police. « Jusqu’à 35 % de conversion en plus », « la police influence 90 % des décisions d’achat », « une typographie cohérente augmente la mémorisation de 60 % » : j’ai cherché l’origine de chacun. Aucun ne remonte à une publication identifiable. Ce sont des reprises circulaires entre blogs d’agences.

« Vous avez 50 millisecondes pour faire bonne impression. » Celui-là est réel et publié. Mais il porte sur l’attrait visuel global de pages d’accueil présentées très brièvement, pas sur la police. L’invoquer pour justifier un choix typographique est un détournement.

Examen de l origine de quatre affirmations chiffrees frequemment citees au sujet de la typographieExamen de l origine de quatre affirmations chiffrees frequemment avancees pour justifier un choix typographique. Premiere affirmation, le web design serait a quatre vingt quinze pour cent de la typographie : la citation est authentique et date de deux mille six, mais son auteur ecrivait que quatre vingt quinze pour cent de l information en ligne est du langage ecrit et en deduisait qu un concepteur web devrait etre forme a la typographie ; il s agit d une estimation posee par raisonnement, portant sur le contenu et non sur le design, et personne n a jamais mesure que quatre vingt quinze pour cent du design serait de la typographie. Deuxieme affirmation, la police Baskerville inspirerait davantage confiance : l experience a eu lieu en deux mille douze sur environ quarante cinq mille lecteurs d un grand quotidien et l ecart rapporte s eleve a environ un point et demi de pourcentage, ce qui ne soutient pas l idee que le choix d une police rendrait une marque plus credible, d autant que le protocole faisait varier simultanement l approche, l interlignage et la taille apparente. Troisieme affirmation, les pourcentages de conversion attribues au choix de police, du type trente cinq pour cent de conversion supplementaire, quatre vingt dix pour cent des decisions d achat influencees par la police, ou soixante pour cent de memorisation supplementaire grace a une typographie coherente : aucun ne remonte a une publication identifiable, il s agit de reprises circulaires entre blogs d agences. Quatrieme affirmation, cinquante millisecondes suffiraient a faire bonne impression : celle ci est reelle et publiee, mais elle porte sur l attrait visuel global de pages d accueil presentees tres brievement et non sur la police, de sorte que l invoquer pour justifier un choix typographique constitue un detournement.Quatre chiffres, et ce qu’ils valent« Le web design, c’est 95 % de typographie »L’auteur parlait de la part de texte dans le contenu, pas du design. Estimation, pas mesure.« Baskerville inspire plus confiance »Environ 1,5 point d’écart, et le protocole faisait varier bien d’autres choses que la police.« +35 % de conversion », « 90 % des décisions », « +60 % de mémorisation »Aucun ne remonte à une publication identifiable. Reprises circulaires entre blogs d’agences.« 50 millisecondes pour faire bonne impression »Réel et publié, mais porte sur l’attrait visuel global d’une page, pas sur la police.
Trois n'ont aucune source identifiable. Le quatrième existe, mais ne porte pas sur la typographie.

Comment nous intervenons

Nous arrivons sur ce sujet par deux portes : une refonte d’identité, ou un courrier de fonderie.

Nous établissons d’abord ce qui est servi. Quelles polices le site charge réellement, d’où elles viennent, et sous quel régime. Cette lecture prend une heure et règle la question de l’exposition.

Nous vérifions au nom de qui la licence a été achetée. C’est la vérification qui sauve le plus souvent, et celle que personne ne fait. Une licence au nom de l’agence précédente ne vous appartient pas.

Nous dimensionnons la licence web sur le trafic réel. Le plafond par défaut est bas, et une entreprise qui réussit son acquisition le franchit sans s’en apercevoir. Nous le calculons à partir de votre analytique, pas d’une estimation.

Nous arbitrons entre fonte sous licence et fonte libre sur un critère économique, pas esthétique. Une police libre bien choisie supprime le risque contractuel, le renouvellement et la dépendance à un abonnement. Pour une PME, c’est souvent le bon arbitrage, et l’argument de lisibilité qu’on lui oppose ne tient pas.

Par où commencer

Ouvrez votre site et regardez d’où viennent les polices. L’onglet réseau de votre navigateur suffit. Si les fichiers sont servis depuis votre propre domaine alors que la police est sous licence commerciale, vérifiez le régime d’achat.

Retrouvez la facture, et lisez le nom du titulaire. S’il s’agit de votre agence, le sujet est à traiter avant le prochain changement de prestataire.

Cherchez le nombre de pages vues sur cette facture. S’il n’y figure pas, le plafond par défaut peut être bien en dessous de votre trafic réel.

Si votre marque repose sur une police d’abonnement, posez-vous la question du jour où vous arrêterez. Les PDF survivront, le site non.

En bref

Une licence bureau ne couvre pas un site web, quatre fonderies l’écrivent explicitement, et convertir soi-même un fichier constitue une violation de contrat.

Les licences web se tarifent au trafic. Le contrat type de Monotype fixe un plafond par défaut de 50 000 pages vues par mois quand aucun volume ne figure sur la facture.

Une police fournie par abonnement cesse d’être utilisable à l’arrêt de l’abonnement, et comme l’auto-hébergement est interdit, c’est la typographie du site qui s’arrête.

Le débat empattements contre sans empattements est clos : une revue couvrant plus de 140 ans de recherche conclut à l’absence de différence de lisibilité, sur papier comme sur écran. Le corps et la graisse pèsent trois à quatre fois plus lourd.

Les polices commercialisées pour la dyslexie ne font pas mieux lire. Ce qui est établi, en revanche, c’est que l’italique dégrade la lecture.

Enfin, aucune norme n’impose de taille minimale de caractère, et la règle des 1,5 d’interlignage n’est pas une consigne de maquette mais une exigence de robustesse.