Un benchmark concurrentiel se construit à l’envers. On ne part pas des critères à observer, on part des décisions à prendre, et on ne collecte que ce qui peut en faire basculer une.
C’est la différence entre un tableau de soixante-dix lignes que personne ne rouvre et un document qui produit cinq décisions écrites. Les méthodes en circulation s’arrêtent toutes au même endroit : construisez la grille, remplissez-la. L’une des pages les mieux construites du sujet conclut littéralement par « notez vos remarques ».
Cette page pose la construction inverse, et traite la question que personne n’écrit : ce qu’on ne pourra pas savoir, et à partir de quel seuil de taille les comptes d’un concurrent français cessent d’être publics.
Une précision de vocabulaire d’emblée, parce que le mot recouvre deux exercices différents. Le benchmark concurrentiel compare votre entreprise à des concurrents nommés. Le benchmark de performance compare vos chiffres à une moyenne de secteur, et fait l’objet d’une autre page : performances organiques des réseaux sociaux. Ce qui suit porte sur le premier.
Ressource à télécharger
La grille de benchmark concurrentiel
Le classeur construit à l'envers : les décisions d'abord, les critères ensuite, avec un seuil de bascule écrit avant la collecte et une liste explicite de ce qui n'est pas renseignable.
- Les décisions à trancher, et qui les tranche
- La grille de collecte, avec source et date d'observation par cellule
- Le seuil de bascule, à écrire avant de collecter
- Les sources publiques françaises, et ce que chacune permet
- Ce qu'on ne peut pas savoir, et ce qu'on peut approcher à la place
- Le journal des décisions prises, alignement ou renoncement
Format Classeur XLSX, 6 onglets. Aucune inscription à une liste de diffusion.
Pourquoi la plupart des benchmarks ne servent à rien
Ils échouent tous de la même façon, et l’échec est prévisible dès la construction.
On commence par les critères. On dresse la liste de tout ce qu’il serait intéressant d’observer : positionnement, prix, offre, site, communication, avis, réseaux sociaux, technologie. Cette liste atteint vite quarante à soixante-dix lignes, parce que rien ne la limite. Tout est intéressant.
On collecte pendant des jours. Le travail est long, il paraît sérieux, et il produit un tableau dense qui a l’apparence de la rigueur.
On ne conclut rien. Au moment de décider, personne ne sait quoi faire de la colonne « ton de voix : institutionnel » ou « nombre de pages du site : 34 ». Le document est archivé et ne sera pas rouvert.
La cause est unique : aucun de ces critères n’était rattaché à une décision au moment où on l’a choisi. Un critère qui ne changerait rien à ce que vous faites, quelle que soit sa valeur, n’a rien à faire dans une grille. Il coûte du temps de collecte et il dilue l’attention.
C’est aussi ce qui explique un travers plus discret : à force de tout regarder, on finit par s’aligner sur des choses qui n’ont aucune importance, simplement parce qu’on a constaté un écart.
La construction inversée, étape par étape
Trois étapes, dans cet ordre strict. L’ordre est le sujet.
Un. Écrivez les décisions avant tout le reste
Cinq à sept, pas davantage, formulées comme des questions à trancher. En B2B, ce sont presque toujours les mêmes.
Le positionnement. Sur quel terrain vous vous battez, et lequel vous laissez.
Le niveau de prix. Où vous vous situez, et si vous assumez d’être au-dessus.
La priorité d’investissement. Ce que vous financez dans les six mois, et donc ce que vous ne financez pas.
L’argumentaire commercial. Ce que vos commerciaux répondent quand un prospect cite un concurrent.
Ce à quoi vous renoncez. La décision la plus utile et la plus rarement écrite.
Chaque décision porte un nom de responsable et une échéance. Sans cela, la grille n’a pas de destinataire, et un document sans destinataire ne produit rien.
Deux. Ne retenez que les critères qui font basculer une décision
Passez chaque critère candidat au même test, en une question : qu’est-ce que je fais autrement si le concurrent est très au-dessus, et qu’est-ce que je fais autrement s’il est très en dessous ?
Si les deux réponses sont identiques, ou si aucune ne vient, le critère sort de la grille. Il n’est pas inintéressant, il est simplement non décisionnel, et une grille n’est pas un document de culture générale.
Ce tri ramène en pratique une liste de soixante-dix critères à une douzaine. C’est déconcertant la première fois, et c’est la condition pour que le document soit relu.
Trois. Écrivez le seuil de bascule avant de collecter
C’est le geste qui change tout, et il doit précéder la collecte pour être honnête.
Chaque critère retenu porte une phrase écrite à l’avance, de la forme : si le concurrent est au-dessus de tel seuil, alors nous faisons telle chose. Par exemple, si deux concurrents sur trois affichent leurs prix publiquement, alors nous tranchons la question de l’affichage à notre prochain comité.
Trois bénéfices immédiats.
Vous ne pouvez plus interpréter après coup. Un seuil écrit avant la collecte résiste à la tentation de lire les données dans le sens qui arrange.
La collecte s’arrête toute seule. Vous savez ce que vous cherchez et quand vous l’avez trouvé.
L’absence de bascule devient un résultat. Si aucun seuil n’est franchi, la conclusion s’écrit : nos décisions actuelles tiennent, et nous venons de le vérifier. Un tableau de critères sans seuils ne permet jamais d’écrire cette phrase.
Quels concurrents retenir, et combien
Trois à cinq. Au-delà, la collecte s’allonge, les critères se diluent, et le tableau cesse d’être relu. En dessous de trois, vous confondez une particularité avec une tendance.
La vraie question n’est pas le nombre, c’est la sélection. Quatre familles se confondent en permanence, et elles n’appellent pas le même traitement.
Le concurrent cité en rendez-vous. Celui dont vos prospects prononcent le nom quand ils comparent. C’est le seul dont l’analyse change votre argumentaire commercial, et il est souvent différent de celui que votre secteur considère comme la référence. Demandez à vos commerciaux, pas à votre marché.
Le concurrent de substitution. Celui qui résout le même problème autrement, y compris en interne : le tableur maison, l’embauche d’une personne, ou le fait de ne rien faire. En B2B, c’est fréquemment le concurrent le plus difficile à battre, et il n’apparaît dans aucune grille sectorielle.
Le concurrent de référence. Le gros acteur que tout le monde cite dans la presse professionnelle. Il est utile pour lire les mouvements du marché, inutile pour vos décisions de prix : il ne joue pas au même jeu que vous.
Le concurrent d’attention. Celui qui occupe l’espace éditorial et publicitaire sans nécessairement gagner d’affaires. Le surveiller a du sens sur les messages, pas sur le positionnement.
Une règle simple pour trancher. Ne retenez un concurrent que si vous pouvez nommer une affaire, gagnée ou perdue, où il était en face. Sans ce nom, vous étudiez un acteur du secteur, pas un concurrent.
Le cas des concurrents indirects. Ils méritent une ligne, pas une colonne. Notez-les, décrivez ce qu’ils remplacent, et n’entrez pas dans le détail : leur grille de critères n’est pas la vôtre, et la comparaison produirait des écarts sans signification.
Où trouver l’information, légalement et gratuitement
La collecte française repose sur cinq sources publiques. Aucune ne coûte rien, et elles suffisent à remplir la grille utile.
L’Annuaire des Entreprises. Le service public annuaire-entreprises.data.gouv.fr donne les données publiques détenues par l’administration sur une entreprise : identité, dirigeants, établissements, activité déclarée. C’est le point de départ, et il remplace avantageusement les annuaires commerciaux qui vendent les mêmes informations.
La base Sirene. Publiée en licence ouverte sur data.gouv.fr, elle contient les entreprises et leurs établissements depuis 1973, avec une mise à jour quotidienne par interface de programmation. Utile pour l’ancienneté, les ouvertures et fermetures d’établissements, et les changements d’activité.
Le registre national des entreprises. L’INPI indique que toute personne peut consulter les données publiques du registre, diffusées gratuitement.
Les comptes annuels déposés au greffe. C’est la source la plus riche, et la plus contrainte : voir la section suivante.
Les centres de transparence publicitaire. Le centre de transparence des annonces Google permet de voir les annonces diffusées par un annonceur, avec un filtrage par date et par zone géographique. Du côté des réseaux sociaux, la bibliothèque publicitaire de Meta joue le même rôle, avec ses limites propres que nous avons détaillées dans ce qu’elle montre vraiment. Ces outils montrent les créations et les messages, jamais les budgets ni les performances.
Une sixième source, souvent négligée : le site du concurrent lui-même, ses offres d’emploi et ses pages de recrutement. Une entreprise qui recrute trois commerciaux sédentaires dit quelque chose de sa stratégie de distribution qu’aucune base de données ne contient.
Ce que vous ne pourrez pas savoir
Aucune page du sujet ne l’écrit, et c’est pourtant ce qui détermine la forme de votre grille.
Les comptes annuels, et le seuil qui change tout
Le régime dépend de la taille du concurrent, et il n’est pas intuitif. Selon les règles de confidentialité des comptes annuels :
Une micro-entreprise peut rendre l’intégralité de ses comptes confidentiels. Elle relève de ce régime en remplissant deux des trois critères suivants : bilan total inférieur ou égal à 450 000 euros, chiffre d’affaires net inférieur ou égal à 900 000 euros, et effectif moyen inférieur ou égal à 10 salariés. Dans ce cas, vous n’obtiendrez rien.
Une petite entreprise ne peut masquer que son compte de résultat. Le régime s’applique en remplissant deux des trois critères de 7 500 000 euros de bilan, 15 000 000 euros de chiffre d’affaires hors taxes, et 50 salariés. Le bilan et l’annexe restent publics, ce qui reste très exploitable : endettement, immobilisations, trésorerie, capitaux propres.
Autrement dit, plus votre concurrent est petit, moins vous en saurez. C’est l’inverse de l’intuition courante, et cela signifie qu’une grille comportant une ligne « chiffre d’affaires » sera vide pour une partie de vos concurrents, quel que soit le temps que vous y passiez.
Les cinq données qu’aucune source ne livre
Les budgets publicitaires réels. Les centres de transparence montrent les annonces, pas les montants. Aucun outil payant ne les connaît non plus, quoi qu’en dise sa page de vente : ils estiment, avec des méthodes rarement publiées.
Le coût d’acquisition. Il suppose de connaître à la fois la dépense et le nombre de clients signés. Ni l’un ni l’autre n’est public.
Les marges par offre. Même quand le compte de résultat est disponible, il ne se ventile pas par ligne de produit.
Le taux de résiliation. Invisible de l’extérieur, et c’est souvent la variable la plus déterminante du modèle d’un concurrent.
La composition réelle de l’équipe commerciale. Les profils publics sur les réseaux professionnels donnent une approximation, systématiquement biaisée vers les personnes actives sur ces réseaux.
Ce qu’il faut en faire. Marquez ces cases « non renseignable » plutôt que de les laisser vides. Une case vide finit toujours par être remplie au jugé, puis citée en réunion comme une donnée.
Combien de temps y consacrer
Deux jours, répartis, et pas davantage pour un premier benchmark. Au-delà, le rendement décroît vite et le document devient un projet, ce qu’il ne doit jamais être.
Une demi-journée pour les décisions et les seuils. C’est la partie la plus courte et la plus difficile, et c’est celle que tout le monde saute. Elle se fait à deux ou trois personnes, dont quelqu’un qui vend, parce que les décisions commerciales ne s’écrivent pas depuis le marketing seul.
Une journée de collecte. Les sources publiques prennent moins de temps qu’on ne l’imagine une fois qu’on sait ce qu’on cherche : la sélection préalable des critères a déjà écarté l’essentiel du travail inutile. Datez et sourcez au fil de l’eau, jamais après coup.
Une demi-journée de conclusion. L’écriture de la page de sortie, avec les décisions et leur sens. Faites-la à froid, quelques jours après la collecte : la distance évite de surinterpréter un écart découvert la veille.
Ce que ce budget de temps implique. Vous ne pourrez pas tout regarder, et c’est voulu. Un benchmark de deux jours qui produit cinq décisions vaut mieux qu’un travail de trois semaines qui produit un tableau. La qualité d’un benchmark ne se juge pas à sa profondeur mais à ce qu’il fait changer.
Dater et sourcer chaque cellule
Aucune grille publiée ne le fait, et c’est pourtant la différence entre un document vivant et un document dangereux.
Chaque cellule porte une date d’observation. Un prix relevé il y a huit mois n’est pas un prix, c’est un souvenir. Sans date, personne ne sait ce qui doit être rafraîchi, et la grille entière devient suspecte dès qu’une valeur se révèle fausse.
Chaque cellule porte sa source. Le nom de la page, du registre ou de la personne. Cela permet de refaire le relevé en trente secondes l’année suivante, et cela protège d’une erreur fréquente : la donnée entendue en rendez-vous, notée comme un fait, et qui devient un argument.
Une conséquence sur le rythme. Deux ou trois critères bougent vite, les prix affichés et les messages publicitaires. Les autres se revoient une fois par an. Un benchmark refait intégralement tous les trimestres n’est pas plus juste, il est simplement plus coûteux, et il finit par ne plus être fait du tout.
Ce que le benchmark doit produire à la fin
Un document d’une page, et rien d’autre. Si la sortie tient sur plus d’une page, elle ne sera pas lue par ceux qui décident.
Cette page contient quatre choses, dans cet ordre.
Les seuils franchis, et par qui. Une ligne par bascule constatée, avec le nom du concurrent et la valeur relevée. Pas de commentaire à ce stade, juste le constat.
Les décisions prises, avec leur sens. Pour chaque seuil franchi, ce qui est décidé, et surtout la mention alignement ou non-alignement. Écrire « nous ne suivrons pas, parce que nos clients ne le demandent pas » est une décision aussi ferme que l’inverse, et elle évite que la question soit rouverte tous les trimestres.
Ce qui n’a pas bougé. La liste des décisions confirmées, celles dont aucun seuil n’a été franchi. Cette section rassure et sert de trace : l’an prochain, elle dira ce qui a été examiné et jugé stable.
Ce qui n’a pas pu être renseigné. Les cases marquées non renseignables, avec la raison. C’est ce qui empêche qu’une donnée manquante devienne, six mois plus tard, une estimation citée comme un fait.
Un test de fin, en une question. Cette page ferait-elle changer quelque chose à une personne qui n’a pas participé à la collecte ? Si la réponse est non, le travail n’est pas terminé, quelle que soit l’épaisseur du tableau derrière.
Le rythme de relecture. Rouvrez cette page d’une seule page avant chaque décision de budget, pas à date fixe. Un benchmark relu au moment où l’on arbitre sert à quelque chose ; un benchmark relu parce que le calendrier le prévoit ne sert à rien.
Les erreurs qui reviennent le plus souvent
Choisir les mauvais concurrents. Ceux que votre secteur considère comme des références ne sont pas toujours ceux que vos prospects citent en rendez-vous. Seuls les seconds pèsent sur vos décisions.
Confondre écart et problème. Constater qu’un concurrent fait quelque chose que vous ne faites pas n’est pas un diagnostic. La question est de savoir si cela change quelque chose pour vos clients.
S’aligner par réflexe. Un benchmark utile produit autant de décisions de non-alignement que d’alignement. Écrire « nous ne le ferons pas, et voici pourquoi » a autant de valeur que l’inverse, et cette ligne manque dans presque toutes les grilles.
Confier la collecte sans le cadre. Déléguer le remplissage à un stagiaire ou à un prestataire fonctionne, à condition que les décisions et les seuils aient été écrits avant. Sinon vous recevrez soixante-dix critères et aucune conclusion.
Traiter le benchmark comme un projet. C’est un intrant de décision, pas un livrable. Sa qualité se juge à ce qu’il fait changer, jamais à son épaisseur.
Par où continuer, selon votre situation
Vous préparez un repositionnement. Le benchmark est un intrant, le socle se décide ensuite : plateforme de marque B2B.
Vous regardez la communication de vos concurrents. Ce que les bibliothèques publicitaires montrent et cachent : bibliothèque publicitaire Meta.
Vous comparez vos chiffres à un secteur. C’est l’autre exercice, et il obéit à d’autres règles : performances organiques des réseaux sociaux.
Vous reprenez un compte publicitaire existant. La même logique de points de contrôle ordonnés : auditer un compte publicitaire.
En bref
- Un benchmark se construit à l’envers : les décisions d’abord, les critères ensuite, la collecte en dernier.
- Un critère qui ne fait basculer aucune décision sort de la grille. Ce tri ramène en pratique soixante-dix critères à une douzaine.
- Le seuil de bascule s’écrit avant la collecte, sous la forme « si le concurrent dépasse tel seuil, alors nous faisons telle chose ».
- Une grille où aucun seuil n’est franchi est un résultat valide : vos décisions actuelles tiennent, et vous l’avez vérifié.
- Cinq sources publiques gratuites suffisent : l’Annuaire des Entreprises, la base Sirene, le registre national des entreprises, les comptes déposés et les centres de transparence publicitaire.
- Plus le concurrent est petit, moins vous en saurez. Une micro-entreprise peut rendre tous ses comptes confidentiels ; une petite entreprise garde son bilan public.
- Cinq données ne sont jamais accessibles : budgets publicitaires, coût d’acquisition, marges, taux de résiliation, effectif commercial réel. Marquez-les non renseignables plutôt que de les laisser vides.
- Datez et sourcez chaque cellule. Une grille non datée devient périmée sans que personne ne sache quand.
Si votre dernier benchmark n’a débouché sur aucune décision écrite, le problème n’était pas la collecte. Parlons de votre projet, ou découvrez notre approche du branding en B2B.